Le dimanche 8 novembre 2009

Chute des marchés : quels titres québécois jouer?

8 octobre 2008 | 04h00
Journal de Montréal 
 
Mathieu Bruckmüller

Temps difficile pour les entreprises du Québec inc. À l'instar de ses homologues nord-américains, l'indice Québec 30 nage en pleine déconfiture. En un an, il a lâché 30,86 %, à 966,70 points, et fait à peine mieux que l'indice phare de la Bourse de Toronto (-31,38%, à 9786,42 points) et que le Dow Jones (-32,37%, à 9 498,08 points).

Malgré cette dégelée, plusieurs titres québécois offrent toujours un beau potentiel, estiment quatre experts, qui nous livrent leurs suggestions.

Gabriel Lancry, administrateur associé, gestion du patrimoine, chez Scotia McLeod:

Dans le contexte actuel, marqué par l'incertitude économique et la tourmente boursière, monsieur Lancry se porte spontanément vers des titres à dividendes. Une bonne façon de patienter avant un retour à la sérénité sur les marchés, dit-il. « Ainsi, je suis très orienté vers les banques canadiennes qui offrent de très belles opportunités comme la Banque Royale », poursuit-il. L'institution fait partie de la liste des titres qui composent l'indice Québec 30.

Pour les investisseurs très agressifs, susceptibles de se muer en joueur de casino, BCE est le coup à jouer. La maison mère de Bell Canada est l'objet d'une transaction de rachat par Teachers à 42,75 $ par action. La clôture de celle-ci, évaluée à 52 milliards de dollars, est prévue pour le 11 décembre. Or aujourd'hui, le titre ne vaut que 33,20 $, soit un escompte de 28% sur l'offre du consortium mené par Teachers. Un tel écart illustre toute l'incertitude des investisseurs quant au succès de cette privatisation vu la crise du crédit.

BCE est presque à son plus bas niveau annuel qui est de 31,8$ contre un plus haut à 41,25$.

« En théorie, l'opération a beaucoup de chance d'aboutir, mais avec tout ce qui passe depuis les derniers mois, plus rien ne devrait nous étonner », avertit Gabriel Lancry.

Alimentation Couche-Tard est un autre titre apprécié par le gestionnaire. Il a dévissé de moitié en un peu plus d'un an. Il se négocie aujourd'hui autour des 13$.

La vente d’essence représente 80% du chiffre d’affaires de Couche-Tard aux États-Unis et les prix élevés du carburant ont jusqu’ici grugé l’argent discrétionnaire des consommateurs, argue monsieur Lancry.

Le recul du prix de l’essence va pouvoir donner un coup de pouce aux marges bénéficiaires.

« Quand vous approchez des trois chiffres pour faire le plein d'essence, le paquet de gomme et de croustilles, vous les laissez de côté », illustre-t-il.

Désormais, le groupe doit se centrer sur sa croissance organique. Même s'il a très bien réussi son intégration chez nos voisins du sud, les occasions d'achats deviennent de plus en plus restreintes de l'autre côté de la frontière, juge le spécialiste.

Michel Tessier, analyste chez valeurs mobilières Banque Laurentienne:

« Plutôt que de viser le rendement maximum, il faut faire oeuvre de prudence en ce moment », lâche d'entrée de jeu le spécialiste. Dans ce contexte, il privilégie une entreprise comme Power Corporation.

« La compagnie mère n'a pas de dettes. Elle est bien diversifiée en Amérique du Nord et est présente en Europe dans le secteur industriel avec des participations dans de gros noms comme Lafarge ou Total», justifie monsieur Tessier.

Le titre du conglomérat nage près de son plus bas niveau des 52 dernières semaines soit 26,50 $ contre un sommet à 41,92$. Hier le titre a cédé 4,34% à 27,74$.

Dans ces temps incertains, SNC-Lavalin est aussi un investissement à considérer. L'entreprise dirigée par Jacques Lamarre est présente aux quatre coins du monde. « Elle a un bon carnet de commandes, peu de dettes et de bonnes liquidités », souligne-t-il.

À 30,56$, l'action du groupe est proche de son plus bas de l'année qui est de 27,93$ $. Au cours de 52 dernières semaines, elle a grimpé jusqu'à 61,95$.

Le troisième choix de l'analyste se porte vers un titre défensif avec l'épicier Metro. « Les gens peuvent repousser l'achat d'une auto, mais ils n'arrêteront pas de manger. Historiquement, la compagnie améliore son dividende et peut procéder à des rachats d'actions pour contrer la baisse de son titre », explique monsieur Tessier.

Après avoir frappé un creux en mars à 21$, il est aujourd'hui à 29,34$. Son plus haut annuel est de 35,53$.

Marc L'Écuyer, gestionnaire de portefeuille chez Cote 100:

Les faveurs du gestionnaire se tournent d'abord vers CGI. « Avec ses contrats d'impartition à long terme, l'entreprise est peu liée aux cycles économiques. C'est un titre qui devrait bien faire », pense-t-il. Groupe CGI se transige actuellement à 9,25$, après un creux annuel à 8,95$ et un pic à 12,02$.

Sinon, l'instinct de monsieur L'Écuyer se dirige plus vers des secteurs traditionnellement défensifs. Même s'il apprécie Metro, il pense que Saputo devrait bien faire. Il prédit un retour du titre sur la barre des 27$. Hier, il a clôturé en repli de 2,17%, à 23,86 $, proche de son plancher annuel de 21,22 $. En décembre dernier, Saputo frôlait les 33$

En revanche, Marc L'Écuyer se détourne d'un titre comme Rona. « C'est une bonne entreprise, mais elle est grandement affectée par le ralentissement économique. Le titre a beau avoir chuté de 25$, il y a un an et demi, à 11 $ aujourd'hui, ce n'est pas une aubaine », dit-il.

Pour ceux qui détiennent un titre comme Transat, le spécialiste conseille de conserver le titre, sans pour autant en accumuler d'avantage. « Transat n'est pas cher, mais la situation va demeurer difficile au cours des prochains trimestres » analyse-t-il. D'un sommet annuel de 42,38$, le titre se négocie aujourd'hui à 11,43$.

Luc Girard, directeur, groupe conseil en portefeuilles pour les particuliers de Valeurs mobilières Desjardins:

« Jean Coutu et Bombardier sont deux titres que l'on suit de près et qui vont passer au travers de la tempête boursière », lance Luc Girard.

Au sujet de la compagnie de Longueuil, il estime que malgré deux années noires, elle a fait le nettoyage. « Au prix actuel et en dépit de la participation dans Rite Aid, on a un escompte sur la réelle valeur des activités canadiennes »dit-il. Le titre se négocie à 6,90$ contre un sommet annuel de 14$. L'analyste maison de Desjardins, Keith Howlett, a réitéré, hier, sa cible de cours à 12$. Dans une note, il indiquait que la pharmacie demeurait l'un des segments les plus robustes du commerce de détail au Canada.

En ce qui concerne Bombardier, Luc Girard pense que le titre va tirer son épingle du jeu, grâce notamment au faible endettement de la compagnie et à la vigueur de son carnet de commandes. Tout comme pour Jean Coutu, il estime que les deux actions ont atteint un plancher. L'avionneur a vu sa capitalisation boursière fondre de moitié en quatre mois. Le titre vaut aujourd'hui 4,55$ contre 8,97 $ en juin.

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