Jean-François Tardif fait le point sur ses titres préférés
Le Journal de Montréal
Michel Van de Walle
Au début d'avril dernier, Jean-François Tardif se montrait très pessimiste à propos de la santé de l'économie et des marchés boursiers. Il s'attendait à ce que le processus de nettoyage des mauvais prêts et des actifs toxiques prenne beaucoup de temps. Les marchés seraient baissiers et volatils, anticipait-il.
Quelques mois plus tard, on est forcé d'admettre que le gestionnaire de Sprott Asset Management avait vu juste.
«Ça se passe comme je le craignais. Sans intervention des banques centrales au cours des derniers mois, le système financier se serait effondré», dit-il.
Il croit toujours que la crise va durer un bon moment encore, en raison du resser rement des conditions de crédit pour les particuliers et les entreprises. Il pense qu'on assistera à beaucoup de rappels de prêts de la part des banques.
Avec un marché du crédit au ralenti, sinon paralysé, il pense qu'on se dirige vers une récession mondiale, en raison de l'interdépendance des économies et des marchés.
Pas de dépression
M. Tardif ne craint cependant pas qu'on revive une dépression comme au début des années 1930. «À l'époque, le PIB avait reculé de 30 % aux États-Unis, et le taux de chômage atteignait 25 %. Je crois que le déclin de l'économie sera plutôt de l'ordre de 5 %, alors que le taux de chômage pourrait grimper à 10 %.»
Le Canada n'y échappera pas. Toutefois, pense-t-il, l'éventuelle récession risque d'être moins sévère, compte tenu qu'il n'y a pas eu ici d'excès dans l'immobilier et que les banques canadiennes sont parmi les plus sûres du monde.
Mais tout cela n'augure rien de bon pour les marchés boursiers. M. Tardif anticipe une décroissance des profits des entreprises et une contraction des multiples cours-bénéfice, ce qui n'est pas de bon augure pour les actions.
65 % de liquidités
Que fait le gestionnaire de Sprott dans ce contexte? Eh bien, il nous disait en tout début de semaine n'avoir que 35 % de ses billes investies dans des titres boursiers. Il conserve 65 % du portefeuille qu'il gère en liquidités.
«Si je vois qu'un de mes titres est tombé trop bas, j'en rachète mais je vends à découvert en même temps des actions d'une autre compagnie à laquelle je ne crois pas», dit-il.
M. Tardif précise qu'il ne recommande ni l'achat ni la vente de titres en particulier. Ceux dont il est question dans cette page sont ceux qui font, ou faisaient, partie du portefeuille de titres de croissance qu'il gère.
Il rappelle qu'après une forte correction des marchés, ce sont les compagnies de grande capitalisation qui se redressent en premier, alors que les plus petites traînent de la patte.
ATRIUM INNOVATIONS
Prix le 15 novembre 2007 : 22,95 $ Prix le 2 octobre 2008 : 14,30 $ Gain (perte) : (37,7 %)
Recommandation: actions vendues, mais...
Jean-François Tardif a revendu toutes ses actions dans Atrium, ces derniers mois. "À perte", précise-t-il, le mouvement de recul des marchés ayant été plus rapide et plus fort qu'il ne l'avait prévu. Pourtant, il n'a que de bons mots pour la firme de Québec spécialisée dans les suppléments nutritionnels et les produits de santé. Les résultats du dernier trimestre ont été à la hauteur des attentes. "L'entreprise va bien." Il ajoute cependant que s'il avait encore des actions d'Atrium, il les conserverait.
FONDS DE REVENU GENIVAR
Prix le 15 novembre 2007 : 27,70 $ Prix le 2 octobre 2008 : 22,02 $ Gain (perte) : (20,5 %)
Recommandation: conserver
M. Tardif n'hésite pas à qualifier Genivar de "compagnie extraordinaire". La firme québécoise de génie-conseil multiplie les acquisitions de petits bureaux d'ingénieurs à travers le pays. "L'action n'est pas chère", dit-il, compte tenu que la société génère l'équivalent de 3 $ par part de flux de trésorerie. Il dit avoir conservé ses positions dans Genivar, qu'il considère comme l'un des actifs les plus importants ("core holding") détenus dans le portefeuille qu'il gère.
Northstar Healthcare
Prix le 15 novembre 2007 : 15,50 $ Prix le 2 octobre 2008 : 3,27 $ Gain (perte) : (78,9 %)
Recommandation: conserver
Le gestionnaire de Sprott ne cache pas son "extrême déception" à l'égard de cette compagnie qui exploite un petit réseau de cliniques privées de chirurgie au Texas. "Ils n'ont pas livré ce qu'ils avaient promis lors de leur émission d'actions" en 2007, affirme-t-il. Malgré tout, il a non seulement conservé ses positions, mais encore profité de la dégringolade du titre pour en racheter, le jugeant peu dispendieux. "Même après avoir coupé les distributions, le rendement est toujours de plus de 20 %", souligne-t-il.
GREY HORSE
Prix le 15 novembre 2007 : 10,40 $ Prix le 2 octobre 2008 : 5,80 $ Gain (perte) : (44,2 %)
Recommandation: conserver
Peu connue, cette petite société de Toronto agit comme agent de transfert. Son rôle est de s'occuper de la paperasse lorsque des actions ou des obligations changent de mains. Or, ce secteur est dominé par quelques gros joueurs, et M. Tardif pense que l'innovation dont fait preuve cette société lui fera gagner des parts de marché. "Dans cinq ans, ce titre-là sera plus élevé", dit-il, précisant qu'il a conservé des actions de Grey Horse dans son portefeuille sous gestion.


