Le sans-fil serait-il injustement délaissé?
Serge Gagné et David Pellerin*
ARGENT
Depuis plus d'un an, les titres des fournisseurs de services de télécommunication sont malmenés. Certaines préoccupations à court terme cacheraient-elles tout le potentiel à long terme?
C'est ce que croit à tout le moins la maison CIBC Marchés mondiaux. Une première inquiétude actuellement dans le marché concerne l'arrivée de nouveaux concurrents, par suite de la mise aux enchères de nouvelles fréquences par le gouvernement, le printemps dernier.
L'analyste Robert Bek n'y voit néanmoins pas une grande menace. Les grands joueurs restent toujours en position d'oligopole, avec une mainmise sur 83 % des fréquences canadiennes. Et on s'attend à ce que les nouveaux joueurs offrent plutôt des services de base sans valeur ajoutée.
Revenu moyen par abonné
Une autre crainte, elle aussi liée à l'apparition de nouveaux concurrents, est l'anticipation d'une baisse du revenu moyen par abonné. Sur ce point, M. Bek rappelle que cette appréhension ne s'est pas matérialisée chez nos voisins du Sud car la baisse des prix due à la compétition a été compensée par une augmentation du niveau d'utilisation des services.
Par surcroît, la forte croissance prévue du côté des transferts de données viendrait plus que compenser le ralentissement redouté.
Le plus grand potentiel du secteur, identifié par l'analyste de CIBC, réside justement dans le gain de popularité des services de transfert de données et les applications qui y sont reliées. Les fournisseurs de services acceptent maintenant que des tiers (Apple, Nokia, Google, etc.) développent leurs propres applications (Facebook, etc.) et les offrent via leurs réseaux.
L'expérience en marketing et l'innovation de ces partenaires externes sont primordiales dans le développement du créneau de la transmission de données. Elles augmentent de même la valeur des services sans fil. Des sources de l'industrie croient même que le succès de ce créneau pourrait l'amener à représenter 40 % des revenus des compagnies contre 20 % actuellement.
Certains observateurs voient cette coopération comme une menace potentielle car la répartition des revenus générés pourrait pencher en faveur des tiers, grâce notamment à leur renommée. M. Bek mentionne toutefois que même s'il était inéquitable, le partage générerait de la croissance pour les télécommunicateurs.
Afin de profiter du développement de ce marché, la firme s'en remet à deux des plus grandes entreprises de télécommunication au pays, soit Rogers et Telus, qui tirent chacune environ 50 % de leurs revenus des services sans fil.
Rogers communications inc.
Rogers est la préférée de l'analyste en raison de sa diversification qui lui permet de conjuguer stabilité (média et câblodistribution) et croissance (Internet et téléphonie). Selon lui, au prix actuel, les inquiétudes du marché sont largement surestimées.
De plus, le potentiel du créneau de transmission de données ne serait pas reconnu. La croissance à court terme devrait venir du passage à la technologie 3G, des téléphones intelligents et de la recrudescence des nouvelles applications. CIBC conserve une recommandation "surperformance de secteur" sur le titre mais abaisse son cours cible à 49 $ pour tenir compte du recul de la valorisation du secteur.
Telus corporation
La baisse marquée du titre amène l'analyste à trouver qu'il constitue un investissement intéressant. C'est d'ailleurs pourquoi il élève sa recommandation à "surperfor mance de secteur", tout en maintenant son prix cible à 51 $.
Au cours des trois dernières années, Telus est parvenue à augmenter son revenu moyen par abonné pour la transmission de données à un rythme supérieur à celui de Rogers.
À moyen terme, la décision le plus susceptible d'affecter l'entreprise est celle concer nant la création d'un réseau conjoint avec BCE, ce qui lui permettrait de combler son retard sur la technologie de Rogers. M. Bek souligne que le rendement actuel en dividende limite le risque à la baisse du titre et que l'entreprise pourrait bénéficier d'un relâchement potentiel des restrictions sur la propriété étrangère.
- *Serge Gagné, CFA, est un analyste de Québec. David Pellerin est conseiller en placement à Mont-Saint-Hilaire.


