Le scénariste Izard aurait participé au stratagème de prête-noms
Le Journal de Montréal
Le scénariste français Christophe Izard a reçu de Cinar le paiement de droits d’auteur auxquels il n’avait pas droit en échange de sa participation directe au stratagème des prête-noms ourdi par la maison de production québécoise, a révélé hier une ex-avocate de la société.
La crédibilité de M. Izard, qui est poursuivi en compagnie de Cinar et d’autres défendeurs pour plagiat par l’auteur Claude Robinson, a été mise à rude épreuve par certains témoignages livrés cette semaine au procès entendu par la Cour supérieure de Montréal.
Claude Robinson soutient que M. Izard, à titre d’auteur désigné, et les autres défendeurs lui ont chipé son projet d’émissions pour en faire la série de dessins animés Robinson Sucroë, laquelle a connu un succès international. Il réclame un minimum de 3 M$.
Marie-Louise Donald, avocate en propriété intellectuelle et employée de Cinar tout au début de sa carrière, de 1993 à 1998, a soutenu lors de son témoignage d’hier que M. Izard a participé directement à l’implantation du stratagème des prête-noms utilisé par Cinar pour empocher le paiement de droits d’auteur auxquels la société n’avait pourtant pas droit.
Pour rétribuer ces services, Cinar octroyé à M. Izard 5 % des droits d’auteur de la série Le merveilleux monde de Richard Scarry. L’auteur français n’y a toutefois pas participé, a soutenu l’avocate.
Me Donald a dit parler en connaissance de cause puisqu’elle avait été chargée par feu Micheline Charest, cofondatrice de Cinar, des contacts avec Christophe Izard afin de mettre en place la mécanique de l’utilisation du prête-nom Érika Alexandre.
Selon l’avocate, Micheline Charest estimait injuste que Cinar ne puisse récolter de droits d’auteur sur ses séries - ces droits sont réservés aux auteurs -, et il fallait trouver une façon d’aller chercher cet argent.
D’où l’idée de désigner Hélène Charest, la soeur de Micheline, à titre d’auteure de plusieurs productions de Cinar. Hélène percevrait ces droits, en garderait une partie et remettrait le reste à McGraw Holdings, une société détenue par Micheline Charest et Ronald Weinberg, et à Cinar.
Grâce à ce stratagème mis au jour au tournant des années 2000 et qui a provoqué le scandale Cinar, Hélène Charest, alias Érika Alexandre, s’est faite l’intermédiaire de redevances d’auteur de près de un million de dollars perçues sans droit.
Après cet exposé, le juge Claude Auclair a demandé à Me Donald si quelqu’un chez Cinar avait semblé s’inquiéter du fait que ces manoeuvres avaient toutes les apparences d’un complot pour fraude.
« Micheline Charest avait pour son dire que tout le monde le faisait », a répondu le témoin, qui a ajouté qu’un climat de terreur sévissait chez Cinar.
Me Donald a précisé qu’elle a quitté la société - en très mauvais termes - parce qu’elle réprouvait les méthodes utilisées.
abisson@journalmtl.com

