Le dimanche 12 février 2012

Pellerin refuse de baisser les bras

25 août 2008 | 04h00
Journal de Montréal 
 Photo © Corbis
Yvon Laprade
Le Journal de Montréal

SAINT-ÉLIE-DE-CAXTON | L’industrie forestière en arrache. Des travailleurs perdent leur emploi dans les scieries et les papetières. Mais à Saint-Élie-de-Caxton, dans une Mauricie qui souffre de la crise du bois, le conteur Fred Pellerin refuse de baisser les bras.

Il milite pour l’appartenance aux régions. Il croit même qu’il faut redoubler d’efforts pour freiner l’exode des travailleurs vers les grands centres.

Il propose, à sa manière, un « renouveau culturel et économique » pour stimuler les régions atrophiées.

« Nous avons des choix à faire. Voulons-nous d’un Québec diversifié qui donnera aux régions les moyens de se développer, de se diversifier, d’avoir chacune sa propre saveur ? », demande-t-il en entrevue au Journal de Montréal.

D’entrée de jeu, le conteur qui remplit les salles avec les histoires de son village précise qu’il ne veut « surtout pas intellectualiser » le débat sur les régions.

Il parle plutôt de « solidarité rurale » dans un contexte où, en régions, de nombreux villages sont confrontés à la dure réalité économique.

Il s’inquiète de voir des travailleurs prendre la direction de Montréal, « la grande ville », pour trouver un emploi.

« C’est sûr que c’est plus rentable de mettre tous les services sur une même rue, en ville. Mais veut-on tout concentrer à Montréal uniquement en fonction des économies de coûts ? », s’interroge le conteur.

Effets d’une fermeture

Il a pu mesurer l’ampleur d’une fermeture d’usine à Lebel-sur-Quévillon, aux limites de l’Abitibi, il y a bientôt trois ans.

« J’ai donné un spectacle à Lebel-sur-Quévillon au lendemain de la fermeture de l’usine Domtar.

« C’était à la fois touchant et dramatique, sur le plan humain, pour ces travailleurs qui se retrouvaient du jour au lendemain sans emploi », se souvient-il.

Il constate que « la Mauricie des bûcherons » a beaucoup souffert, elle aussi, comme bien d’autres régions forestières, depuis le début de la crise.

À Shawinigan, à une vingtaine de kilomètres de Saint-Élie-de-Caxton, l’usine de pâtes et papiers d’AbitibiBowater a éteint sa dernière machine à papier l’hiver dernier.

« Mais il n’y a pas que de grosses usines qui ont fermé dans la région. Nous avons vu de petites usines fermer », souligne-t-il.

Il rappelle que son grand-père a déjà fabriqué des planches et des bardeaux dans son moulin à roues alimenté à l’eau.

« À Saint-Élie, on avait un fabricant de « poufs sur bearings » (tabourets) jusqu’en 2005, qui avait 50 employés. On a même fabriqué des traîneaux », ajoute-t-il.

Mais l’économie locale se détache lentement – et difficilement – de la forêt, constate le conteur.

Optimiste

Fred Pellerin demeure optimiste, malgré tout. Il lance des idées. Il propose. Il initie des changements. Il s’implique lui-même dans son village avec un groupe d’amis qui sont, comme lui, dans la trentaine. Cette philosophie fait des « petits », dans tous les sens du terme. « Nous avons à Saint-Élie un taux de natalité impressionnant ! Les vieilles maisons du village qui ont été habitées par nos gens sont rachetées par des jeunes qui leur donnent une nouvelle identité », constate le père de deux jeunes enfants.

Un agent de développement économique, Fred Pellerin ? « Plutôt un culturel rassembleur », corrige le conteur, qui promet de ne jamais quitter Saint-Élie-de-Caxton.

Cet automne, vers la fin de novembre, il sera aux premières loges, dans son village, à l’occasion du lancement de Babine, un film très attendu dont il a écrit le scénario.

On ne se surprendra pas d’apprendre que le lancement tapis rouge du film produit par Luc Picard se fera à Saint-Élie, à 150 kilomètres du centre-ville de Montréal.

Une façon pour le conteur engagé de montrer qu’un petit village peut encore tenir son bout dans une économie qui se mondialise…

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