Faire plus d’heures supplémentaires est-il si efficace?
Louis-Alexandre Jacques
Un sondage CROP-ORHRI réalisé à la demande de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) et des conseillers en relations industrielles agréés (CRIA) du Québec en juin dernier révélait que les Québécois pensent qu’il est bien vu de faire des heures supplémentaires et qu’il mal vu de prendre des congés de maladie. Ces données démontrent en fait, selon les deux organisations, que les Québécois accordent encore de l’importance à des valeurs qui ne correspondent plus à l’économie moderne.
Les façons d’organiser le travail ont beaucoup changé au Québec. «Au début du 20e siècle, 93% des gens travaillent en utilisant leur corps alors qu’aujourd’hui 73% travaillent avec leur tête. Nous sommes passés d’une économie de production à une économie de services», explique Florent Francoeur, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec (ORHRI).
M. Francoeur indique ainsi que si le travail était autrefois facilement observable par la seule présence de l’employé, lors du travail à la chaîne par exemple, aujourd’hui la présence ne signifie plus la même chose puisqu’un employé peut être «présent» au bureau tout en faisant autre chose que le travail demandé, en naviguant sur Internet par exemple. Il faut donc «moins mesurer la présence dans le temps que mesurer l’efficacité», affirme M. Francoeur.
Or, 60% des 1001 répondants provenant des régions, de Québec et de Montréal estiment que leur employeur s’attend à ce qu’ils fassent des heures supplémentaires. C’est ce qui fait dire à M. Francoeur qu’il reste encore du chemin à faire pour adapter les mentalités à la nouvelle réalité du travail, autant du côté des employeurs que des employés.
Le sondage révèle de plus que 26% des répondants perçoivent qu’il est mal vu dans leur milieu de travail de s’absenter pour cause de maladie. Cette donnée préoccupe grandement M. Francoeur et les membres de son organisation. «Une personne malade qui va à son travail risque de ne pas réellement travailler en plus de contaminer ses collègues. Elle ne sera pas non plus reposée pour le lendemain. Cela est donc moins efficace que de rester à la maison et de revenir en forme le lendemain. L’employeur a aussi la responsabilité là-dedans de ne pas vous encourager à venir travailler si vous êtes malade», ajoute-t-il.
Florent Francoeur indique ainsi qu’il ne faut pas nécessairement travailler plus fort au Québec, mais plus efficacement.



