Le premier Réseau mondial de la finance sociale et solidaire voit le jour
Mélanie Tremblay
La Caisse d’économie solidaire Desjardins (CESD) a été l’hôte du premier Sommet mondial de la finance sociale et solidaire, qui s’est tenu du 2 au 6 juin à Montréal et Québec. Initié par l’Association internationale des investisseurs dans l’économie sociale (INAISE) de Barcelone, ce sommet a permis de créer le premier Réseau mondial de la finance sociale et solidaire, comprenant 160 institutions financières à vocation sociale de 42 pays. L’objectif? Sensibiliser la population à investir davantage dans des projets durables, équitables, sociaux, environnementaux et solidaires.
«L’économie tourne sur elle-même. On veut faire de l’argent et on spécule pour en faire plus. On se fiche des conséquences qui entraînent à des crises alimentaire, énergétique, financière et climatique. C’est une économie cannibale! Notre objectif est de réinsérer le côté social dans l’économie en répondant aux besoins de la population», soutient en entrevue Gérald Larose, président de la CESD, connu aussi comme une figure de proue du syndicalisme.
Les organisations financières sociales sont étroitement liées à des mouvements sociaux, environnementaux, syndicaux, communautaires et coopératifs. Elles misent sur un processus démocratique qui correspond aux valeurs et idéologies communes de ses membres, variant selon les cultures et besoins. Un modèle encore peu connu de plusieurs, mais qui a fait son bout de chemin.
«C’est depuis une trentaine d’années que ce type d’organisation a réellement pris sa place dans le monde. Il y a entre 10% et 20% d’augmentation par année de capital géré par l’ensemble des organisations», souligne en entrevue Giovanni Acquati, qui était président de l’INAISE il n’y a pas longtemps, et qui est l’initiateur du Sommet et du Réseau.
Réseau
Les conférences, ateliers et échanges au programme du Somme ont permis à l’ensemble des organisations financières d’économie sociale de partager leurs expériences dans le but d’accroître leur clientèle. Celles-ci pourront être développées grâce à un tout premier Réseau mondial de finance sociale et solidaire, qui sera géré par l’INAISE.
Trois grandes lignes directrices seront suivies. «Nous souhaitons d’abord devenir un lieu d’échange mondial qui permettra de mettre en place de nouveaux modèles d’économie sociale. Ceci nous permettra ainsi de contrer l’économie spéculatrice qui travaille à faire de l’argent. Enfin, nous allons tenter de réunir des organisations financières sociales existantes afin de créer des banques de grande ampleur», décrit M. Acquiti.
Banques
La création de banques d’économie sociale d’envergure mondiale est sans doute le projet le plus ambitieux. «Cela permettrait de financer de grands projets qui correspondent à notre mission. Chaque organisation pourrait investir la somme souhaitée, et de là, pourrait être lancée une banque. Par exemple, des Inuits veulent démarrer un projet d’énergie éolienne. Avec une association financière sociale, telle qu’on les connaît en ce moment, cela ne serait pas possible, mais avec un plus gros budget, des portes seraient ouvertes», explique Gérald Larose.
M. Larose mentionne par ailleurs que la création de banques d’économie sociale est un projet à long terme, qui devra d’abord s’alimenter de débats publics alertant la population et les décideurs publics sur l’économie dite capitaliste.
«Il faudra se battre contre les cultures qui choisissent de faire plus d’argent au détriment de valeurs sociales. Il y a beaucoup de travail de sensibilisation à effectuer pour faire comprendre qu’il vaut mieux miser sur la qualité et faire moins d’argent, que de miser sur la quantité pour empocher toujours plus d’argent», conclut Giovanni Acquati.
La CESD existe depuis 37 ans. Elle siège à Québec, Montréal, Joliette et au Nunavik. Elle offre des services à 10 293 membres répartis dans 2665 associations. Son volume d’affaires est de 846 M$. Quant à l’INAISE, elle a été créée en 1989 à Barcelone. Elle compte plus de 600 000 clients, dont 20 000 entrepreneurs sociaux. L’organisation gère des actifs de plus de 5 milliards d’euros.



