Les économistes Fortin et Marceau réfutent la thèse de l'ADQ
Canoë-ARGENT
Mathieu Bruckmüller
Le gouvernement et les sociétés d'État doivent-ils accepter de payer jusqu'à 10 % plus cher pour favoriser les fournisseurs québécois ?
Non, si l'on en croit deux économistes de l'UQAM qui balaient du revers de la main la demande de l'Action démocratique du Québec (ADQ) de voir Québec se doter d'une politique d'achat local.
« Il vaut mieux récompenser les entreprises capables de produire des biens à faible coût que de récompenser ceux qui n'y parviennent pas », croit Nicolas Marceau « À moins d'aspects stratégiques comme des transferts technologiques importants ou des questions de sécurité nationale, je suis contre le fait de payer plus cher pour des produits qu'on peut obtenir moins cher », ajoute du même souffle l'économiste.
Le chef de l'opposition officielle s'insurgeait en fin de semaine contre les Libéraux qui tournent « le dos aux entreprises québécoises en laissant les sociétés d'État donner des contrats à des compagnies étrangères pendant que les entreprises québécoises sont à l'agonie à cause de la crise manufacturière ». Il ciblait notamment la décision d'Hydro-Québec de se passer d'AAER pour développer la technologie éolienne et celle de la Société des alcools du Québec de faire fabriquer les chandails de ses employés en Chine.
La responsabilité d'Hydro-Québec est double, estime monsieur Fortin : « S'assurer que tous les candidats québécois vraisemblables participent à ses appels d'offres et que le soumissionnaire avec le meilleur rapport qualité-fiabilité-prix soit choisi, qu'il soit québécois ou non ».
« C'est la seule façon de faire en sorte que les soumissionnaires québécois finissent par être de calibre mondial. Autrement, c'est la complaisance généralisée, un encouragement à nos entreprises à être moins performantes que les autres, des prix plus élevés pour les consommateurs québécois d'électricité, et un encouragement aux donneurs d'ouvrage à l'extérieur du Québec à discriminer contre nos propres soumissionnaires sur leurs projets », argumente-t-il.
Selon monsieur Dumont, il ne reste qu'une dernière chance au gouvernement pour faire preuve de responsabilité dans le prochain appel d'offres d'Hydro-Québec (500MW restent à octroyer).
De manière générale, il soutient que Québec devrait accepter d'absorber un écart de 10 % lors des appels de soumissions, pour favoriser les compagnies québécoises. Le gouvernement récupérerait ensuite en taxes et en impôts la somme supplémentaire déboursée tout en stimulant l'économie du Québec.
« C'est une affirmations facile à faire. Pour financer ces entreprises là, il faut aller puiser des impôts et des taxes supplémentaires, or nous avons une économie déjà relativement taxée. C'est très coûteux », pense Nicolas Marceau.
Malgré tout, le patron de l'ADQ dit vouloir respecter les ententes de commerce interprovinciales et l'ALENA.
Prudent, François Legault se dit pour l'achat local, mais à des prix compétitifs tout en respectant les ententes internationales. « Le gouvernement Charest peut faire mieux. Il n'a pas le réflexe d'optimiser les retombées pour le Québec », dit le porte-parole du Parti québécois en matière de développement économique et de finances.


