Le samedi 21 novembre 2009

L'industrie du taxi se prépare pour «une crise du crédit»

29 mai 2008 | 04h00
Journal de Montréal 
 
Yvon Laprade
Le Journal de Montréal

L’industrie du taxi se prépare à vivre une «crise du crédit» en raison de la flambée du prix de l’essence, a appris hier Le Journal de Montréal.

Plusieurs centaines de chauffeurs qui ont payé le prix fort pour leur permis (225 000 $) commencent à avoir du mal à s’acquitter de leurs obligations et à rembourser leur prêt bancaire, selon nos informations.

«C’est très difficile pour ceux qui ont acheté leur permis sur la finance», confirme Daniel Di Massimo, directeur au développement chez Taxi Diamond.

Il estime que «près de 30 % des détenteurs de permis ont une grosse dette» chez Taxi Diamond.

Serge Mâsse, président-directeur général de FinTaxi, fait le même constat.

«C’est une situation qui nous préoccupe. Il y a des détenteurs de permis qui nous appellent pour nous demander s’ils peuvent reporter leur paiement d’une semaine ou deux», dit-il.

FinTaxi (Fonds de solidarité FTQ) a 850 prêts actifs dans le taxi. La moyenne des prêts est sous la barre des 100 000 $.

«Nous allons traiter chaque dossier au cas par cas. Nous sommes là pour fournir des services aux chauffeurs.

«Nous souhaitons seulement que les chauffeurs (en difficultés de paiement) ne soient pas en train de remplir leurs cartes de crédit», soulève le PDG.

Un détenteur de permis de taxi peut débourser jusqu’à 2 000 $ par mois pour son prêt bancaire (sur 10 ans).

Frustrés

Mais dans les files d’attente, les chauffeurs de taxi maugréent.

«La pression est énorme. Le prix de l’essence ne cesse d’augmenter (1,43 $ hier). Les revenus ne suivent pas. On voit des chauffeurs frustrés, stressés et anxieux», constate Daniel Di Massimo, qui a lui-même fait du taxi pendant 20 ans.

Il se demande comment peuvent faire certains chauffeurs pour boucler leur budget.

«Les chauffeurs font de deux à trois heures de plus par jour pour gagner un salaire décent. La journée de travail est passée de 12 à 15 heures. Les chauffeurs sont fatigués et irritables. On s’inquiète pour leur sécurité (et celle de leurs clients)», note-t-il.

Mario Sabourin, à la tête de l’organisme de défense des chauffeurs de taxi Travailleurs autonomes (Métallos-FTQ), parle d’un «sérieux problème».

«Les gars sont accotés. Le prix de l’essence leur fait très mal. Ils tentent de retarder leurs paiements bancaires», dit-il.

Hausse de tarifs

Les chauffeurs de taxi réclament de la Commission des transports du Québec (CTQ) une hausse de tarifs de 13 %. Le prix au départ pour une course moyenne - qui est demeuré inchangé depuis 2005 - est de 3,00 $. Cette demande est toujours à l’étude à la CTQ.

Or, selon le directeur de Taxi Diamond, le temps presse de rajuster les tarifs.

«Il en coûte actuellement de 70 à 85 $ pour faire un plein d’essence, chaque jour, dans le taxi. Avec des coûts aussi prohibitifs, personne ne peut faire de l’argent dans notre industrie», critique Daniel Di Massimo.

√ Taxi Diamond est la plus grande entreprise dans le taxi au Québec, avec 1 100 véhicules et 2 500 chauffeurs.

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