Le samedi 21 novembre 2009

Comment la Caisse en est venue à adopter une approche responsable

26 mai 2008 | 04h00
Journal de Montréal 
 Photo © Corbis
Martin Bisaillon
Le Journal de Montréal

À l’occasion de l’assemblée annuelle de Power Corporation, il y a deux semaines, la Caisse de dépôt et placement a pressé la direction du conglomérat montréalais de faire le point sur son investissement dans Total et sur ses activités en Birmanie, en appuyant une résolution présentée par un fonds éthique.

Cette prise de position du bas de laine des Québécois est très significative puisque la Caisse détient des investissements de plus de 400 millions dans Power Corporation et ses diverses filiales européennes.

Mais surtout, ce vote est en accord avec le Principe d’investissement responsable (PRI) de l’ONU que la Caisse a aidé à mettre sur pied en 2005.

Ce principe énonce que les questions environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (ESG) doivent être au premier plan des préoccupations des investisseurs institutionnels dans leurs rapports avec les sociétés dans lesquelles ils ont des participations.

À ce jour, 136 investisseurs institutionnels font partie du PRI. Ils s’échangent fréquemment des informations relatives à leurs marchés respectifs.

La vice-présidente principale, Politiques et conformité de la Caisse, Ginette Depelteau, est responsable de l’application de ces principes.

Lors d’une rencontre avec le Journal le mois dernier, elle nous a décrit comment l’institution intervient auprès des quelque 3000 entreprises dans lesquelles elle détient des actions.

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QPourquoi la Caisse a-t-elle adopté une politique d’investissement responsable ?

R« On croyait, de façon intuitive à l’époque, que c’était pour devenir une tendance marquée [chez les investisseurs institutionnels - NDLR]. On s’est penché sur cette question, qui a mené à l’adoption de notre politique en mars 2004. Nous l’avons mise en application en 2006. »

QComment évaluez-vous les entreprises ?

R« Nous établissons un bilan à l’aide d’outils d’évaluation internes. Quand nos gestionnaires ont des préoccupations, ils nous en informent. Par exemple, dans le secteur minier, les risques liés à l’environnement sont importants. Ils peuvent se traduire par une baisse du titre d’une société.

Enfin, nos gestionnaires calculent le risque dans leurs évaluations. Pour nous, ils [les caractéristiques de l’investissement responsable] s’intègrent aux autres risques. »

QDe quelle manière intervenez-vous ?

R« Nous pouvons intervenir de deux manières. D’abord, par le vote aux assemblées d’actionnaires. Mais bien avant les assemblées, nous entrons en contact avec les directions d’entreprise pour discuter. »

QPouvez-vous donner des exemples des interventions de la Caisse ?

R« Nos démarches sont privées et c’est important qu’elles le restent. Par contre, je peux vous parler de Wal-Mart. On avait voté sur des propositions d’actionnaire à propos de leur approche antisyndicale aux États-Unis. Ils nous ont téléphoné et des rencontres ont eu lieu. Ça n’a pas fait en sorte qu’ils ont changé du jour au lendemain, mais ils progressent. » [Au 31 décembre 2007, la Caisse détenait 36,6 M $ dans Wal-Mart.]

Il ne faut pas escompter des résultats à court terme. On se donne des horizons de 5 ans. »

QComment les entreprises voient-elles vos interventions, lors des votes ou à l’occasion de vos démarches confidentielles ?R« Nous sommes des partenaires des entreprises. On est là pour qu’elles se valorisent. On croit à notre approche. C’est difficile à mesurer mais je pense, et tous ceux qui sont préoccupés par l’investissement responsable le pensent aussi, que ça peut influencer le cours des titres. On peut le mesurer sur l’environnement. »

QLorsque vous prenez des participations dans des compagnies étrangères moins soucieuses de la responsabilité sociale, comme en Chine ou en Russie, comment parvenez-vous à accorder ces investissements avec votre politique ?

R« Nous sommes dans un regroupement de 136 investisseurs institutionnels signataires des Principes de responsabilités sociales de l’ONU. Nous pouvons nous échanger des informations. Ce n’est pas parfait. Mais même si on n’est pas pesant, on peut tenter de faire changer les choses. »

QQuand une compagnie refuse obstinément de vous écouter en matière de responsabilité sociale, que faites-vous ?

R« C’est arrivé une seule fois qu’on se retire d’une compagnie. Nous avions eu beaucoup de discussions avec l’entreprise dans laquelle on avait pas mal d’argent. Il faut savoir que c’est un ultime recours. »

QLa Caisse détient des participations dans des entreprises d’armement, des compagnies de tabac et des sociétés chinoises, est-ce conciliable avec l’investissement responsable ?

R« On fait de l’investissement responsable aussi par rapport à nos déposants. Ça amène des situations où on est présent dans le militaire. Est-ce que c’est incohérent avec notre politique ? Notre modèle est imparfait, mais il faut être prudent. On peut se retrouver dans des situations qui apparaissent contradictoires, mais ça fait partie de notre quotidien. »

QQuels sont les dossiers chauds de la Caisse à l’heure actuelle ?

R« On est très actif dans le carbone. Sur les 200 entreprises canadiennes visées par le Carbon Disclosure Project, on détient des parts dans une centaine. On fait des démarches auprès d’elles pour les inciter à faire une divulgation complète. »

QEn définitive, quelle est la finalité de l’investissement responsable ?

R« C’est pour essayer d’encadrer et faire en sorte de contourner les effets pervers de la mondialisation. Un investisseur, s’il est à son affaire, doit prendre en compte les principes environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise. De plus, les PRI [nous permettent] d’intervenir dans les marchés émergents où il y a de la corruption. »

mbisaillon@journalmtl.com

√ Elle gère un actif net de 155,4 G$ (au 31 décembre 2007).

√ Chaque jour, elle effectue des transactions totalisant plus de 12 G$.

√ Elle est actionnaire de plus de 3 000 entreprises dans le monde.

√ Elle détient l’un des 10 plus grands actifs immobiliers au monde.

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