Le samedi 21 novembre 2009

Ex-directrice d'une succursale de la Royale

16 mai 2008 | 04h00
ARGENT 
 Photo © Corbis

Alain Bisson
Le Journal de Montréal

Une ex-directrice de succursale de banque a été déclarée coupable, hier, de toutes les accusations déposées contre elle à la suite d’une fraude de plus de 4 M$ contre son ex-employeur, la Banque Royale.

Josie Cioffi, ancienne patronne de la succursale Peel-Sherbrooke de la Royale, n’a pas bronché pendant le prononcé du verdict du juge Jean-Pierre Boyer, de la Cour du Québec.

Mme Cioffi était accusée de 46 chefs de fraude, de complot et de fabrication de faux. Son complice, Lorrain Théroux, a plaidé coupable à des accusations similaires deux semaines avant le début du procès de Mme Cioffi, en février dernier. Il a écopé quatre ans de prison.

Pour le juge Boyer, la preuve du complot était « accablante ». Josie Cioffi savait que les renseignements qu’elle a colligés pour l’ouverture des dossiers de prêts de 33 clients étaient faux et que ces personnes n’existaient pas, a-t-il conclu.

De plus, malgré ce qu’elle a avancé lors de son témoignage et ce que son avocat, Gilles Doré, a tenté de faire valoir, Josie Cioffi a agi en toute connaissance de cause : elle a ourdi avec Théroux, un ex-collègue de travail rencontré en 1989, un stratagème pour frauder la Royale.

Comment penser autrement lorsqu’une directrice de banque accorde 76 prêts à 33 personnes, dont 25 sont présentées comme habitant en même temps dans seulement quatre appartements d’une même rue à l’Île-des-Soeurs ?, soumet le juge Boyer.

« Une mise en scène »

Comment conclure différemment lorsque l’argent des prêts de plus de 4 M$ contractés par ces prétendus clients aboutit dans les coffres de sociétés appartenant à Lorrain Théroux ? Et de quelle façon ? Par des traites bancaires signées de la main de Mme Cioffi.

Finalement, le juge tranche que Mme Cioffi était en pleine représentation lorsqu’elle s’est présentée chez un notaire pour sceller une transaction immobilière, en septembre 1999.

Elle agissait alors pour le vendeur, son complice Lorrain Théroux, et l’acheteur présent, un certain Robert Picard - à qui elle avait consenti un prêt de 335 000 $ -, n’était nul autre que Théroux lui-même !

« Il est donc établi hors de tout doute raisonnable que Mme Cioffi a participé à cette mise en scène », écrit le juge Boyer.

Par ailleurs, le magistrat n’a accordé aucune crédibilité aux dénégations et explications ponctuées de larmes fournies par Josie Cioffi lors de son témoignage.

Et la preuve des deux experts - qui ont soutenu que l’accusée était obnubilée par Théroux et qu’elle perdait son libre arbitre à son contact, entre autres à cause des stigmates de multiples agressions sexuelles d’un oncle - a été écartée par le juge Boyer.

« Rien dans ces observations expertes n’empêche le tribunal de ne pas accorder foi aux propos de Mme Cioffi », dit-il.

La date pour les représentations sur sentence sera déterminée le 2 juin.

abisson@journalmtl.com

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