Jean Brault de retour en affaires
Maxime Deland
Le Journal de Montréal
L'un des principaux acteurs du scandale des commandites, Jean Brault, renaît de ses cendres. L'ancien président de Groupaction a même fondé sa nouvelle boîte de marketing : l'agence Phénix.
Jean Brault revient donc à ses anciennes amours, un an et demi après être sorti de prison, où il a purgé le sixième de sa peine de 30 mois pour avoir fraudé le gouvernement de 1,2 million, notamment en produisant de faux documents.
«J'ai plaidé coupable à cinq événements. J'ai pris ma pilule. J'ai fait de la prison. J'ai été un bon prisonnier. J'ai payé ma dette. Maintenant, je respecte mes conditions de remise en liberté», dit-il.
Déjà, pendant son séjour de cinq mois à l'ombre, Jean Brault avait la tête au marketing. «Je n'ai pas perdu le goût du marketing. Même en prison, j'ai travaillé làdessus... en embellissant le menu de la cafétéria, par exemple !» souligne le publicitaire, qui est présentement en libération conditionnelle.
Non seulement at- il encore le feu sacré pour le marketing, mais Jean Brault reçoit même des appels de vieilles connaissances avec qui il faisait affaire avant le scandale.
On sait qu'il entretient des liens étroits avec l'agence Über Communications, une boîte de publicité située dans le Vieux- Longueuil.
«Je suis demandé par des vieux contacts, des gens qui me connaissaient dans le passé. Je recommence à la base. Ce que je veux et que je demande, c'est une chance», dit M. Brault, qui avait plus de 150 employés à sa charge lorsqu'il était à la tête de Groupaction.
Retour à la case départ
Tranquillement, Jean Brault, aujourd'hui âgé de 55 ans, dit s'adapter à sa «nouvelle réalité». Celui qui se promenait jadis en Porsche se déplace aujourd'hui en Dodge.
«Je n'ai pas eu le choix de recommencer. De l'argent, j'en ai pas. Ruiné est un bien grand mot, mais disons que toutes mes économies personnelles y ont passé. Ce que je veux, c'est gagner ma vie honorablement.»
Seulement six personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'enquête sur le scandale des commandites. À ce jour, quatre d'entre elles ont été condamnées.
Il veut redorer son image
Jean Brault est conscient que des gens seront choqués d'apprendre son retour dans le monde du marketing. Mais il estime avoir le droit de reprendre sa carrière.
«C'est sûr que peu importe ce que je vais faire, il y aura toujours des gens qui vont être choqués. C'est parfait, je n'ai pas de problème avec ça. Chacun a droit à son opinion», dit le principal intéressé.
Cependant, M. Brault croit qu'il est possible de redorer son image auprès de la population. «Le seul moyen est de regagner la confiance des gens, un par un. Je pense que le monde est capable de voir lorsqu'une personne est authentique ou qu'elle est phoney.»
À cause de son passé, il doit maintenant faire de preuve de discipline et éviter tout écart de conduite, sur le plan tant professionnel que personnel.
«J'estime avoir payé ma dette envers la société. Mais je n'ai aucune marge de manoeuvre. Je n'ai pas droit à l'erreur. Quand tu es en libération conditionnelle, tu as des comptes à rendre et des conditions à respecter. C'est loin d'être le party», indique-t-il.
Éthique
Le retour de Jean Brault dans le domaine du marketing entachera- t-il davantage l'industrie ? La question mérite d'être posée, estime Donald Riendeau, expert en éthique et gouvernance à l'Institut sur la gouvernance de Montréal. «Il y en a qui n'en feront pas un cas, tandis que d'autres vont être estomaqués en apprenant qu'il est de retour», dit M. Riendeau.
«Le scandale des commandites a donné un gros coup aux agences de publicité. Elles commençaient à peine à redorer leur image. Seul le temps nous dira quel impact son retour aura», ajoute l'expert.

