Réponse de Pierre Karl Péladeau
Lettre du ministre du travail David Whissell
Le conflit pourrait être long, dit Péladeau
Réponse de Pierre Karl Péladeau
Monsieur le Ministre, J'accuse réception de votre lettre en date du 25 avril et je vous en remercie. Vos interventions ont toujours été respectueuses des parties en cause et se sont toujours appuyées sur une analyse rigoureuse des droits et obligations de tous. Le conciliateur que vous avez affecté à ce dossier, M. Jean Poirier, s'avère être un grand professionnel, dont la compétence et l'objectivité sont reconnues par tous. Pour en arriver à un règlement, il nous apparaît indispensable que M. Poirier y demeure affecté.
PROFONDE MUTATION
Nous avons également pris acte de votre offre d'arbitrage. Nous avons décliné cette offre parce que le dossier qui nous intéresse ne peut pas être réglé par un tiers. La profonde mutation et le déclin de l'industrie des quotidiens payants imposent des changements structurels et opérationnels qui ne peuvent être réglés par l'intervention d'une tierce partie. Par ailleurs, vous nous permettrez d'exprimer notre scepticisme lorsqu'un syndicat demande l'arbitrage. C'est qu'il y a presque deux ans que nous sommes engagés dans un processus d'arbitrage visant à définir les conditions qui permettront de rentabiliser notre nouvelle imprimerie de Mirabel, dans laquelle nous avons investi 120 millions de dollars. Le syndicat en cause, Teamsters/ conférence des communications graphiques local 41 M, a utilisé toutes les manoeuvres dilatoires possibles pour retarder la décision de l'arbitre. Entre-temps, les pressiers membres du 41 M continuent d'être payés en moyenne 92 000 $ par année pour des semaines de travail de 16 à 20 heures, assorties de 6 semaines de vacances et l'imprimerie de Mirabel ne peut être rentabilisée à cause de toutes les autres clauses de la convention collective qui entravent l'utilisation de son plein potentiel.
NOUVELLE RÉALITÉ
Vous avez raison de souligner que «la résolution de ce conflit de travail passe par un règlement négocié entre les parties, ce qui est fidèle à l'esprit du Code du Travail, lequel mise sur la responsabilité des parties pour conclure leur convention collective». Nous sommes et nous avons toujours été disposés à négocier un règlement juste et équitable pour toutes les parties. Ce règlement devra tenir compte de la nouvelle réalité dans notre industrie, une réalité qui se traduit par une baisse marquée de la rentabilité des quotidiens payants, dont le Journal de Québec.
Si pour certains, «négocier» est un mot de code qui signifie que l'employeur doit céder au plus grand nombre possible de revendications syndicales et ne peut lui-même formuler des demandes quelles que soient les circonstances économiques de l'entreprise, il est évident que ce détournement de signification du mot «négocier» ne mènera jamais à un règlement.
Autrefois, les quotidiens payants constituaient le média dominant et il en découlait une rentabilité dont tous ont profité, autant nous les employeurs, que nos employés. Cependant, cette époque est bel et bien révolue et pour survivre, les quotidiens payants doivent changer leur mode de fonctionnement en devenant plus productifs. Nous ne pouvons plus accepter des dédoublements de tâche pour maintenir le membership syndical et nous ne pouvons plus nous permettre des extravagances comme des employés qui gagnent 100 000 $ par année pour des semaines de 32 heures, réparties sur 4 jours, 40 semaines sur 52. Malheureusement, certains de nos employés perdront leur emploi, car nous devons centraliser certains services comme celui des annonces classées. Cependant, nous offrons des primes de départ généreuses à ces employés qui ont été d'une grande loyauté à l'égard de l'entreprise.
Sachez Monsieur le ministre que nous souhaitons vivement une reprise du dialogue dans les plus brefs délais, car nous avons hâte de voir revenir nos employés dont la compétence ne fait aucun doute à nos yeux. Cependant, ce dialogue ne mènera nulle part si la partie syndicale refuse d'accepter la nouvelle réalité. Si c'est le cas, le conflit pourrait durer longtemps car les prestations de grève sont non imposables, ce qui fait en sorte que les employés en conflit de travail reçoivent un revenu net très proche de ce qu'ils recevaient avant le conflit. Nous nous demandons même s'il est équitable que les contribuables québécois subventionnent des syndiqués pour qu'ils puissent jouir de conditions de travail très nettement supérieures à la moyenne des travailleurs québécois.
Pierre Karl Péladeau
Président et chef de la direction Quebecor inc.

