Pétrole : plusieurs experts valident l’explosion anticipée!
Mathieu Bruckmüller
Farfelu le litre d'essence à 2,25 $ en 2012 ? Au grand dam des automobilistes canadiens, la réponse est non. Ces derniers doivent s'attendre à voir le prix de l'essence presque doubler au cours des quatre prochaines années, selon plusieurs experts qui appuient les prévisions du réputé stratège Jeffrey Rubin.
Après avoir été l'un des rares, il y a trois ans, à tabler sur un baril de pétrole à 100 $, l'économiste de Marchés mondiaux CIBC jette un nouveau pavé dans la mare. Selon lui, le litre à la pompe devrait passer de 1,40 $ cet été, à 1,80 $ en 2010 et à 2,25 $ en 2012. Son scénario prévoit que le resserrement de l'offre propulsera le baril de pétrole au-delà de la barre des 150 $ US d'ici 2010 et à 225 $ US d'ici quatre ans.
« Les anticipations de M. Rubbin sont conservatrices. Cela fait longtemps qu'on dit que le baril se dirige pour les 200 $. Le potentiel est là pour voir les prix du brut grimper jusqu'à 500 $ d'ici 10 ans. C'est possible », lance Jean-François Tardif, gestionnaire de portefeuilles chez Sprott Asset Management.
Peu surpris
Dans ce contexte, le spécialiste ne serait guère surpris de voir le prix moyen du litre d'essence dépasser la barre des 2,25 $ pour atteindre les 2,50 $. Actuellement, le litre d'essence vaut 1,34 $ à Montréal. Et encore, les consommateurs peuvent remercier la vigueur du huard. « Si notre dollar était toujours à 60 cents, le litre se transigerait à 2,15 $ », calcule Vincent Paquet, analyste principal chez ING Investment Management.
Plus pessimiste que Jeffrey Rubin à court terme, Georges Iny, le président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA), entrevoit le litre d'essence à 1,50 $ durant l'été au Québec. Il faut toutefois noter qu'en raison de la taxation, le prix de l'essence est toujours plus élevé de quelques cents chez nous que dans le reste du Canada.
À plus long terme, tout semble indiquer que le prix de l'essence va poursuivre sa progression, poussée par la flambée des prix de l'or noir. Alors que la marge des détaillants est restée stable au cours des dernières années à 4,1 cents du litre, la marge des raffineurs s'est envolée passant de 5,5 cents en 1999 à 13,6 cents à la fin 2007, relève Sonia Marcotte, présidente de l'Association québécoise des indépendants du pétrole.
Tendance à la hausse
Le déterminant majeur du prix de l'essence reste, cependant, le pétrole. Quand vous payez votre litre 1,34 $, la part liée à l'or noir s'élève à 74,3 cents et devrait encore grossir. « Même si la demande de pétrole est cyclique, la tendance fondamentale est à la hausse, compte tenu de la croissance fulgurante de la Chine et de l'Inde », explique Carlos Leitao, économiste en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
En revanche, en raison d'un recul de la consommation de pétrole brut chez nos voisins en 2008-2009 (liée à la récession économique), le stratège prévoit à court terme un repli des prix du pétrole vers les 80 $. De plus, il rappelle que depuis un an, le prix de l'or noir est affecté par la chute du billet vert face aux principales devises, dont l'euro. Quand le dollar cessera de se déprécier, le prix du baril pourrait se dégonfler d'environ 25 $, pense l'expert. Tout comme Mathieu D'Anjou, économiste senior chez Desjardins, il ne pense pas que la production de pétrole ait atteint un pic. Dans ce contexte, le Mouvement Desjardins avance que la moyenne des prix de l'or noir devrait atteindre 85 $ l'an prochain.
Production
Il n'en reste pas moins que les problèmes de production sont de plus en plus criants comme en fait montre le projet Carioca au Brésil. Annoncé comme le troisième gisement en importance au monde avec 33 G de barils, on apprenait cette semaine que les estimations étaient finalement 55 fois supérieures à la réalité. Selon certains spécialistes comme Matthew Simmons, la production de l'Arabie saoudite, assise sur les plus grosses réserves de pétrole au monde, est en déclin. Dans ce contexte, Martin Poirier, analyste en énergie à l'Institut de recherche et d'information socio-économiques (IRIS), accorde beaucoup de crédibilité aux prévisions de Jeffrey Rubin. Il estime que les gouvernements devraient prendre acte que le prix de l'essence va poursuivre son ascension au fin des années et qu'il faut dès maintenant prendre des mesures pour réduire notre dépendance au pétrole.
Il suggère, entre autres, de promouvoir d'avantage le transport en commun et l'utilisation plus systématique du chemin de fer et du bateau pour le transport des marchandises.



