Position de l'employeur
Mise à jour: 22 avril 2008 | 17h26
Partout en Occident, l'industrie des quotidiens payants traverse une période de déclin. Les tirages et le lectorat sont à la baisse, entraînant forcément les revenus publicitaires dans leur sillage. Corporation Sun Media, filiale à part entière de Quebecor Media et plus grand éditeur de journaux au Canada, n'échappe évidemment pas à cette tendance lourde. Au cours de l'exercice financier 2007, les quotidiens payants de Sun Media ont vu leurs revenus publicitaires chuter de 4 % et leurs revenus de tirage de 6 %. De même, le secteur des petites annonces ne génère plus et ne générera jamais plus les mêmes revenus qu'autrefois à cause de la concurrence de l'Internet. Or, les petites annonces représentaient dans le passé environ 20 % des revenus totaux des quotidiens payants.
Au cours des dernières semaines, le vénérable New York Times a annoncé l'abolition de 100 postes dans sa salle de rédaction. Le grand quotidien français Le Monde a annoncé récemment qu'il réduisait ses effectifs de 130 personnes, presque le quart de ses employés. Plus près de nous, le Toronto Star, le quotidien ayant le plus grand tirage au Canada, a annoncé la semaine dernière 160 mises à pied. La Gazette de Montréal a également procédé, la semaine dernière, à 46 mises à pied. La réalité, c'est que ni le Québec ni la ville de Québec ne sont à l'abri de ce mouvement, quoi qu'en disent certaines personnes.
La révolution numérique a rendu possible la création de nouveaux médias qui sont venus bouleverser l'équilibre qui existait dans l'industrie. Les quotidiens payants, autrefois le média dominant et la référence pour tous les autres, n'ont plus la force qu'ils avaient. Les gens ont appris à s'informer ailleurs, que ce soit par l'Internet, les chaînes d'information continue ou les quotidiens gratuits. Cela dit, nous croyons que les quotidiens payants ont encore un bel avenir à condition qu'ils s'adaptent rapidement à un environnement de plus en plus compétitif et qu'ils diminuent leur structure de coûts.
L'âge d'or des quotidiens payants a été très généreux, tant pour les propriétaires que pour les employés de ces journaux. Il suffit de consulter la convention collective des employés du Journal de Québec pour s'en convaincre. Avant le présent conflit, le salaire régulier d'un chef de pupitre au Journal était de 90 000 $ par année mais il recevait plus de 100 000 $ par année incluant primes et heures supplémentaires alors que le journaliste atteignait 83 000 $. Ces syndiqués avaient droit à six semaines de vacances par année, sans compter la multitude de congés avec solde auxquels ils avaient droit : dix congés fériés; trois congés mobiles; sept jours à l'occasion d'un mariage; sept jours à l'occasion d'un avortement; deux jours à l'occasion d'un divorce; un jour à l'occasion de leur anniversaire; etc. De telle sorte qu'en moyenne, les employés du Journal de Québec travaillaient 40 semaines sur 52 à raison de 32 heures par semaine réparties sur quatre jours. Selon les statistiques du ministère québécois du Travail, 98,9 % des salariés couverts par une convention collective ne profitent pas de la semaine de 4 jours. Par ailleurs; 92,2 % des salariés ont moins de 6 semaines de vacances et 98 % n'ont pas droit à un congé à l'occasion de leur anniversaire.
À titre comparatif, un chef de pupitre au Toronto Sun, un quotidien payant de Sun Media, gagne 12 000 $ de moins par année qu'au Journal de Québec et travaille 35 heures par semaine réparties sur 5 jours. Un chef de pupitre au grand quotidien national The Globe and Mail, la référence canadienne dans le monde du journalisme écrit, gagne 8 000 $ de moins par année et travaille 35 heures par semaine réparties sur 5 jours. Or, selon Runzheimer International, une firme spécialisée dans la relocalisation de travailleurs, il en coûte de 20 à 25 % plus cher qu'à Québec pour vivre à Toronto.
Le 22 avril 2007, 115 des 252 employés syndiqués du Journal de Québec -- l'imprimerie -- ont voté à 97 % pour le déclenchement d'une grève illimitée. Le même jour, Corporation Sun Media s'est prévalue de son droit en vertu du Code du travail et a décrété un lock-out touchant les 69 employés de la salle de rédaction et les 68 employés de l'administration. Il y aura un an demain que ce conflit de travail a débuté et les dirigeants syndicaux n'ont pas hésité un seul instant à sombrer dans la pire démagogie pour défendre leur position : «montréalisation de l'information», «création d'une autoroute à dix voies pour l'information», «mépris», etc.
VOICI LES FAITS :
- La direction du Journal de Québec propose aux employés de sa salle de rédaction de conserver les revenus mentionnés plus haut, qui en font les mieux traités de toute l'industrie canadienne, et de travailler 37 heures et demie par semaine réparties sur 5 jours au lieu de 32 heures réparties sur 4 jours.
- La direction du Journal de Québec souhaite abolir certaines contraintes opérationnelles devenues injustifiables dans l'environnement actuel. Par exemple, la direction ne veut plus qu'un texte préparé par un journaliste de Montréal doive être mis en page en deux endroits, soit Québec et Montréal. Loin de vouloir «montréaliser l'information», la direction entend que le personnel éditorial de Québec se consacre totalement à la couverture de la nouvelle locale plutôt qu'à des tâches parfaitement inutiles et redondantes.
- Il n'a jamais été question de demander aux journalistes du Journal de Québec de faire le travail de leurs collègues de TVA. Cependant, la direction tient à ce que ses journalistes travaillent à un rythme différent en alimentant en temps réel le site web du Journal. Cette façon de faire est devenue la norme partout ailleurs en Amérique du Nord. Le Journal est à mettre la dernière main à un site web à la fine pointe de la technologie, un investissement majeur et un véhicule qui sont essentiels à sa survie.
- La direction désire que ses photographes professionnels consacrent leur temps de travail à couvrir des événements qui mettent en valeur leur talent et leur vaste expérience. Autrement dit : oui, les journalistes recevront une formation appropriée et seront appelés à illustrer eux-mêmes leurs reportages. À l'ère des «citoyens-journalistes», nous n'y voyons pas une demande déraisonnable.
- Contrairement à son principal concurrent, qui a décidé de recourir à l'impartition, le Journal de Québec souhaite conserver sa propre imprimerie. Cette décision, qui se traduira par le maintien d'emplois, doit toutefois s'accompagner d'une utilisation maximale de la capacité de l'imprimerie. Elle est finie l'époque où on pouvait investir des dizaines de millions de dollars dans une imprimerie qui ne fonctionnait que 3 heures par jour. En d'autres mots, pour qu'elle soit économiquement viable dans le nouvel environnement, il faut en faire une imprimerie commerciale.
- Le déclin du secteur des petites annonces rend impossible le maintien d'un centre d'appels dans chaque quotidien. Il importe de centraliser cette fonction dans un centre d'appels plus performant pour offrir un meilleur service aux clients. De la même façon, les tâches administratives doivent être centralisées afin de réduire les coûts d'opération. Nous devons donc procéder à des mises à pied et c'est dans le plein respect des employés touchés que nous proposons de le faire en offrant des primes de départ généreuses et des services de placement.
Avant que survienne le déclin actuel dans l'industrie des quotidiens payants, le renouvellement des conventions collectives se déroulait toujours selon le même cycle. Le syndicat déposait un épais cahier de revendications et la direction entreprenait des pourparlers qui, au terme de plusieurs mois, aboutissaient à l'acceptation d'un certain nombre de ces revendications. Cette culture de la revendication n'est plus adaptée à la nouvelle réalité. Nous ne pouvons plus nous permettre les extravagances du passé et nous devons tous ensemble faire le nécessaire pour assurer la pérennité de l'entreprise.
Nous considérons que nos demandes sont tout à fait raisonnables et nous soumettons que la notion de droits acquis, qui est depuis toujours au coeur de la démagogie syndicale, n'a plus aucune pertinence dans un cycle de déclin comme celui que traverse l'industrie des quotidiens payants. Nous continuons de croire que les quotidiens payants survivront à la crise actuelle, mais à la condition qu'ils s'adaptent et qu'ils améliorent leur productivité.
Nous souhaitons vivement le retour de nos employés au Journal de Québec. S'ils choisissent de le faire, ils demeureront -- et de loin -- les mieux traités de toute l'industrie et pourront envisager l'avenir avec confiance, au sein d'une entreprise solide, sans se demander si leur quotidien survivra au déclin actuel.

