Est-il temps d'investir dans l'eau?
Carolyn Cui et Ann Davis
The Wall Street Journal
L'eau a beau être la denrée la plus cruciale du monde, le marché qu'elle constitue a récemment échaudé bien des investisseurs. Les investisseurs ont afflué dans le secteur de l'eau en plein repli économique tandis que les occasions se faisaient rares.
Une flopée d'instruments de placement visant à profiter de la demande montante en matière d'eau propre inonde le marché depuis l'an passé. Néanmoins, nombre d'entre eux ont été décevants ces derniers mois, alors même que Wall Street venait de se lancer dans l'aventure.
D'abord, les actions de sociétés actives dans le domaine de l'eau -- autant d'immenses conglomérats comme General Electric que des services d'eau publics en passant par des équipementiers tels que Mueller Water Products -- sont également exposées à des problèmes économiques plus généraux, dont le ralentissement du secteur de l'habitation.
Les aspects économiques liés au traitement et à la distribution de l'eau semblent intrinsèquement attrayants. Une pénurie sévère d'eau saine dans plusieurs régions a été aggravée par la croissance démographique et les besoins industriels et agricoles.
Selon le Conseil mondial de l'eau, plus d'une personne sur six ne peut avoir accès à de l'eau potable. Les dépenses globales destinées au traitement et à la purification de l'eau ainsi qu'à la réfection des infrastructures souvent délabrées servant à la stocker et à la distribuer atteignent des centaines de milliards de dollars US chaque année et augmentent constamment.
Pas de prix
Les investisseurs ne peuvent négocier l'eau comme les autres marchandises, car son prix n'est pas déterminé sur le marché mondial. Étant lourde, le coût de son transport correspond à plusieurs fois sa valeur, de sorte qu'elle se prête davantage aux marchés régionaux.
Certains titres hautement prisés sont déjà chers, les investisseurs ayant dû se contenter d'un choix relativement restreint.
Lors du premier appel public à l'épargne de Mueller Water Products, en 2006, beaucoup d'investisseurs espéraient que la demande à l'endroit des vannes, hydrants et conduites de la société demeure soutenue tant et aussi longtemps qu'il faudrait améliorer les systèmes de distribution d'eau. Mais depuis juin 2007, compte tenu du déclin de la construction résidentielle, l'action de Mueller a plongé de près de la moitié. Par contre, elle reste relativement chère, se négociant à 32 fois le bénéfice de l'année passée.
«Au fond, vous achetez essentiellement le titre d'un fournisseur de constructeurs d'habitations», déclare Rod Parsley, gestionnaire de l'Oasis Fund, de la firme Perella Weinberg Partners, un fonds spéculatif de quelque 500 millions US centré sur l'eau, les technologies propres et les énergies de remplacement. Mueller vend également du matériel aux municipalités.
Vague de fonds
L'usage des eaux régresse : aux États-Unis, 40 % de l'eau douce est consommée dans des applications industrielles. La crainte d'une récession explique donc la récente chute de nombreuses actions de services d'eau publics.
Deux des trois fonds cotés en bourse qui suivent des actions de sociétés actives dans le domaine de l'eau, ont coulé depuis leur création, soit au milieu de 2007.
Le troisième, appelé First Trust ISE Water Index, a grimpé de 4,1 % depuis son lancement, le 11 mai 2007. Toutefois, si on calcule sa performance à compter du 13 juin, soit après que les trois fonds aient commencé leurs opérations, son gain se chiffre à 1,9 %.
Pendant cette même période, les fonds Claymore S&P Global Water ETF et PowerShares Global Water Portfolio ont respectivement fléchi de 6,3 % et de 11,9 %, comparativement à l'indice boursier S&P 500, qui a perdu 13,2 %.
Cette année, seul le fonds PowerShares Global Water s'incline devant l'indice S&P 500.
Les fonds axés sur le secteur de l'eau et qui sont gérés activement se sont comportés un peu mieux. Le Kinetics Water Infrastructure Fund est en baisse de 1,8 % depuis son lancement, le 2 juillet. Le recul de 3,5 % qu'il accuse cette année est bien plus prononcé que celui de l'indice S&P et des autres FCB spécialisés dans le domaine de l'eau. Établi en juillet dernier, le MFS Water Fund, un portefeuille australien coté en bourse, constitué de placements dans des fonds spéculatifs centrés sur l'eau et valant 20 millions $AU (18,4 millions US), a dépassé l'indice mondial MSCI d'environ cinq points de pourcentage entre sa date de création et janvier, bien qu'il ne l'ait pas devancé de beaucoup durant ce mois. On ne dispose d'aucune donnée sur son rendement après cette période.
Faire de l'argent
«On peut faire beaucoup d'argent avec l'eau, mais c'est nettement plus compliqué que de choisir simplement un panier d'actions de sociétés participant apparemment à ce secteur», précise M. Parsley. Bien qu'Oasis ne révèle pas ses résultats, MFS, qui investit dans ce fonds, indique qu'il est l'un de ses plus performants.
«Achetez-vous vraiment les actions d'une société d'eau juste parce qu'une entreprise prétend en être une ou semble exercer des activités connexes à ce secteur?», demande-t-il.
À long terme, les perspectives s'améliorent. Le placement dans le marché de l'eau était un créneau en 1999, lorsque John Dickerson a lancé le Summit Water Equity Fund, basé à San Diego. L'actif du fonds spéculatif atteint maintenant 600 millions US. Aux dires de M. Dickerson, sa valeur a plus que triplé depuis ce temps.
*** Des centaines de milliards pour l'eau potable
D'après le Fonds des Nations Unies pour la population, la consommation mondiale d'eau double tous les 20 ans.
En 2005, l'Environmental Protection Agency estimait que les systèmes vétustes exigeraient des investissements de 277 milliards US uniquement pour améliorer et conserver la qualité de l'eau potable pour les 20 prochaines années.
Le secteur de l'électricité compte par mi les gros utilisateurs d'eau, celle-ci étant essentielle pour les bar rages hydroélectriques et le processus de refroidissement dans les centrales nucléaires et celles alimentées aux combustibles fossiles.
Il en va de même pour l'industrie alimentaire. Il faut 260 gallons d'eau pour produire 2,2 livres de blé et 3 380 gallons pour obtenir 2,2 livres de boeuf, rapporte le Conseil mondial de l'eau.
Bourse
Sur les centaines de services d'eau des grandes villes américaines, seulement une dizaine sont inscrits en bourse.
Beaucoup de grosses sociétés effectuant le traitement et la distribution de l'eau sont des conglomérats dont les titres fluctuent au gré de nombreux autres facteurs.
Les portefeuilles centrés sur l'eau de PowerShares contiennent des actions de General Electric et de Siemens.
William Brennan, gestionnaire de portefeuille du fonds Kinetics et ancien conseiller pour le fonds spéculatif Summit, souligne que les investissements dans ce secteur ont littéralement explosé, passant de 1,5 milliard US en 2005 à près de 20 milliards US en 2007. Il affirme que cette situation a rendu les actions liées à l'eau plus volatiles et réduit les chances de trouver d'autres joyaux.



