La Beauce est essouflée
Le Journal de Montréal
Trois mille emplois manufacturiers perdus en cinq ans. Des entreprises qui tournent au ralenti. La Beauce industrielle tente de reprendre son souffle.
«C’est préoccupant. Si l’économie américaine ne redécolle pas rapidement, il y a lieu d’appréhender une crise majeure dans la région», soumet le maire de Saint-Georges, Roger Carette.
Il n’est pas le seul à s’inquiéter. Un peu partout en Beauce, il y a de la grogne chez les industriels, qui assistent, impuissants, à un certain effritement de la base manufacturière.
Depuis 2002, le nombre d’emplois dans les usines est passé de 22 200 à 19 200. La glissade s’est accentuée au cours des deux dernières années, tant à Saint-Georges qu’à Sainte-Marie, Beauceville et Saint-Joseph de Beauce.
«On perd des plumes et des emplois de qualité. Le tapis industriel nous glisse sous les pieds», constate le commissaire industriel de la Nouvelle-Beauce (Sainte-Marie), Denis Sylvain.
Ce n’est pas encore la catastrophe dans cette région réputée pour sa capacité à fabriquer des entrepreneurs. Mais l’accélération des mises à pied — temporaires mais souvent permanentes — commence à peser lourd dans l’économie.
Dommages (s.t.)
«Il y a des compagnies qui connaissent des temps difficiles, mais elles ne le crient pas sur les toits», admet le maire de Sainte-Marie, Harold Guay.
Ce n’est guère plus reluisant du côté de Beauceville et de Saint-Joseph de Beauce, observe le commissaire industriel Daniel Chaîné, qui déplore les nombreuses pertes d’emplois dans l’industrie du bois d’œuvre.
«Nous avons encaissé une baisse de 60 % de nos expéditions aux États-Unis depuis 2004», calcule-t-il.
Du côté de Saint-Georges, qui génère près de la moitié de l’activité manufacturière, on se croise les doigts… et on souhaite limiter les dommages.
«Nous avons le plus bas taux d’emplois manufacturiers depuis 1997. Seulement dans le textile, nous avons perdu 1 800 emplois en 10 ans», constate le commissaire industriel Claude Morin (Conseil économique de Beauce).
Bois et textile (s.t.)
L’économie américaine et la force du dollar canadien — qui réduit les marges sur les exportations — ne sont pas les seuls obstacles rencontrés par les entrepreneurs beaucerons.
Depuis cinq ans, les crises se sont multipliées, autant dans l’industrie forestière que dans le textile.
Cette fois, avec la hausse du prix du carburant — et la baisse des livraisons aux États-Unis —, les enjeux semblent beaucoup plus préoccupants.
«Plusieurs de nos entreprises ont des carnets de commandes avec des élastiques dans le dos; en d’autres termes, les clients peuvent annuler à tout moment les contrats déjà signés. Ça met toute une pression sur nos épaules», souligne, de façon imagée, le maire de Saint-Georges.
√ La population de la Beauce (Sainte-Marie, Saint-Georges et Saint-Joseph) est de 100 000 habitants.
De nouveaux modèles
La Beauce doit changer, croient les entrepreneurs qui ont bâti la région.
«Nous devons adopter de nouveaux modèles d’affaires, dit Placide Poulin, qui a connu beaucoup de succès avec la compagnie de baignoires Maax. On va devenir de plus en plus des distributeurs, des assembleurs, et pas forcément des fabricants.»
Charles Dutil, président de Groupe Manac, est du même avis. «Il ne faut plus penser que 100 % des emplois seront consacrés à la fabrication», analyse-t-il.
Il faut croire que la concurrence venue des pays asiatiques a rattrapé l’entrepreneuriat beauceron. La Beauce industrielle, considérée comme le fleuron de l’économie québécoise, n’affiche plus la même confiance tranquille.



