Nomade Télécom ne croit plus au Wi-Fi à Montréal
Mathieu Bruckmüller
Annoncé par Radioactif et Nomade Télécom pour septembre 2007, le premier projet WIMAX/Wi-FI à Montréal n'a toujours pas vu le jour. Et pour cause, l'installateur de réseau a quitté le navire, il y a quelques semaines, persuadé que la technologie Wi-Fi n'a plus d'avenir et que l'achat d'une licence WIMAX revient aujourd'hui trop cher pour se lancer dans l'aventure de l'Internet sans-fil et de la téléphonie IP mobile.
En juin dernier, les deux sociétés avaient indiqué vouloir lancer un projet pilote sur le plateau Mont-Royal avant d’étendre leur couverture au reste de Montréal en 2009 et rejoindre 90 % des habitants sur plus de 300 kilomètres carrés. À moyen terme, la coentreprise tablait sur 54 000 abonnés dans la métropole.
Pour bâtir son réseau Wi-Fi, RadioactifNomade a d’abord été pénalisé par les retards dans la livraison de routeurs, mais a ensuite eu de sérieuses difficultés à trouver des endroits pour les installer.
Malgré plusieurs rencontres avec la Ville pour utiliser des infrastructures publiques comme les lampadaires, les négociations n'ont jamais décollé, admet Luc Picard, président de Nomade Télécom. Le groupe a voulu se rabattre sur la location de toitures pour tisser son réseau. Un exercice complexe et laborieux. « Cela nous aurait coûté 60 $ par mois, par toiture, sans compter l'octroi de l'Internet gratuit pour les résidents de l'immeuble. Couvrir un kilomètre carré serait revenu à environ 700 $ par mois. Nous avons préféré laisser tomber », dit Luc Picard.
Selon lui, l'avenir n'est plus dans le Wi-Fi, mais bien dans la technologie WIMAX qui offre un accès sans fil sur de plus grandes étendues. Elle permet une couverture de 10 à 15 kilomètres contre environ 300 mètres pour une cellule Wi-Fi, et offre un débit plus élevé.
« Quand je me suis lancé dans le projet, je ne pensais pas que le WIMAX prendrait une telle ampleur », dit-il. À quoi bon investir dans le Wi-FI, quand le WIMAX semble la solution d'avenir ? « 2008 sera l’année du WiMax », nous disait récemment Luc Picard.
Pour preuve, si aujourd’hui tous les nouveaux ordinateurs sont dotés du Wi-Fi, de plus en plus de fabricants incorporent une puce WIMAX dans les ordinateurs portables. « Nous croyons que le Wi-Fi va retourner dans les maisons, et qu'à l'extérieur de chez eux, les gens vont utiliser le WIMAX » estime monsieur Picard.
Seule ombre au tableau, le coût d'une telle aventure pour les opérateurs est assez élevée car il faut acheter une licence. « Nous avons essayé, mais cela n'a pas fonctionné », indique Luc Picard.
Aujourd'hui, le plus vaste réseau mondial de télécommunications sans fil WIMAX est canadien. Il se nomme Inukshuk et appartient à Rogers et Bell. « Ils ont à peu près toutes les licences de Wimax au pays », explique M. Picard. Pour en acquérir une, il évoque un prix de 75 M$. Selon lui, les propriétaires de Inukshuk n'ont aucun intérêt à développer rapidement cette technologie pour qu'elle ne vienne pas concurrencer leur marché du sans-fil.
Face à tous ces obstacles, Luc Picard a donc préféré abandonner l'aventure, mais pense bien revenir à la charge au cours des prochains mois avec un nouveau plan d'affaires.
De son côté, Radioactif assure que le projet initial n'est pas enterré. « Il y avait quatre actionnaires à l'origine et Luc Picard a décidé de se retirer. Nous sommes en période de tests, depuis la fin 2007. Nous avons installé quatre antennes sur des toits dans le quartier du Plateau qui couvrent un kilomètre carré. On se donne encore quelques mois », indique-t-on chez le fournisseur de services Internet.
À demi-mot, Radioactif, dont le magasin principal est situé sur la rue Rachel, confirme que l'avenir est au WIMAX. Il n'est donc pas impossible que la partie Wi-Fi soit repoussée aux calendes grecques. « Nous sommes en train de regarder la faisabilité du projet », dit-on sans plus de détails.
Si Luc Picard espère bien revenir un jour par la grande porte, il ne cache pas son désarroi. Le monopole est toujours dans les mains des mêmes personnes. Les coûts ne baisseront pas tant qu'il n'y aura pas de compétiteurs sérieux. Je suis tanné de payer 300 à 350 $ par mois pour avoir la télé, l'Internet et la téléphonie conventionnelle. En Europe, ils ont accès à l'Internet haute-vitesse, la télévision IP et la téléphonie IP pour 65 $ par mois », enrage-t-il.
« On a essayé de bouger des choses pour donner du service à moindre coût. Nous avons cherché de l'aide auprès des différents paliers de gouvernements et des municipalités, mais les pressions des grands joueurs empêchent toute avancée », conclut-il.



