Les satisfaits, les mitigés et les déçus
Mathieu Bruckmüller
Qui sont les satisfaits et les déçus du budget? Nous avons donné un coup de sonde.
LES SATISFAITS
-Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ):
Un budget réaliste tourné vers l'essor économique du Québec qui reconnaît que le moteur de la vitalité économique repose sur l'entreprise. Ce budget se situe aussi en continuité par rapport aux actions gouvernementales annoncées au cours de l'année et répond à de nombreuses demandes et recommandations de la FCCQ quant au besoin de croissance des entreprises.
Ainsi, Françoise Bertrand, salue le travail de la ministre : « Les 291 millions de mesures additionnelles annoncées ce matin nous confirment que la ministre a notamment écouté les revendications de la communauté d'affaires du Québec, dont les 100 000 gens d'affaires que nous représentons. Nous sommes particulièrement heureux de voir enfin se concrétiser une demande historique de la fédération, soit l'abolition de la taxe sur le capital dans le domaine manufacturier ».
-Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain:
La Chambre accueille de manière favorable le budget présenté aujourd'hui.
« La Chambre reconnaît pleinement la situation délicate dans laquelle se trouvent l'économie québécoise et son gouvernement. Dans ce contexte, nous sommes en mesure d'apprécier que les interventions du gouvernement, tout en étant à la mesure de ses moyens, ont le mérite de cibler deux éléments particulièrement importants de notre compétitivité : les talents et les investissements », a déclaré Isabelle Hudon.
« Les milieux d'affaires réclament depuis longtemps l'abolition de la taxe sur le capital. Ainsi, nous accueillons avec beaucoup de satisfaction l'annonce de son abolition immédiate pour le secteur manufacturier, à un moment où le ralentissement économique aux États-Unis est un autre élément qui complique la vie de ce secteur. Par ailleurs, nous apprécions le fait que les autres mesures économiques du budget visent également à favoriser davantage d'investissements par les entreprises, notamment le crédit d'impôt applicable à l'achat de matériel de fabrication. C'est par l'investissement que les entreprises sont le plus en mesure d'accroître leur compétitivité; le gouvernement a tout à fait raison de chercher à les appuyer sur ce front », a souligné Isabelle Hudon.
LES MITIGÉS
-Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du Québec (CPQ):
Il reconnaît les efforts du gouvernement afin de stimuler la productivité et la croissance, mais aurait souhaité, dans un contexte de ralentissement économique, une plus forte dose de stimulants fiscaux. « L'investissement privé au Québec est en panne. Une telle situation aurait exigé des allégements et des incitatifs fiscaux plus énergiques pour l'ensemble des entreprises du Québec », résume-t-il.
Ainsi, le CPQ salue l'abolition immédiate de la taxe sur le capital pour le secteur manufacturier, mais estime que le gouvernement aurait pu étendre cette mesure importante à l'ensemble des secteurs économiques. De plus, même si cette hausse était déjà annoncée, le CPQ est également déçu que la ministre des Finances ait choisi d'augmenter le taux d'imposition du revenu des sociétés, de 11,5 % à 11,9 % à compter du 1er janvier 2009.
-Simon Prévost, vice-président, Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI):
« Malgré le peu de marge de manoeuvre financière du gouvernement, les entreprises manufacturières vont respirer mieux grâce au budget 2008. Cependant, le climat d'affaires des PME restera sensiblement le même demain matin. La compétitivité fiscale des PME est toujours désastreuse au Québec et le budget ne met en place aucune mesure de réduction des impôts sur le revenu des PME ou des taxes sur la masse salariale, ce qui est une nécessité si l'on veut des PME concurrentielles » a indiqué Simon Prévost.
La FCEI applaudit cependant certaines mesures qui donneront du souffle à bon nombre d'entrepreneurs. Parmi elles, on retrouve l'abolition immédiate de la taxe sur le capital pour les entreprises du secteur manufacturier et l'instauration d'un nouveau crédit d'impôt à l'investissement applicable à l'achat de matériel de fabrication et de transformation. De plus, « la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée étant un enjeu important chez les PME, nous soulignons l'intérêt de la mise en oeuvre du Pacte pour l'emploi, qui permettra de réorienter vers le marché du travail les chômeurs, les personnes sur l'aide sociale et les nouveaux arrivants », a dit Simon Prévost.
-Michel Arsenault, président la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ):
Même si elle aurait souhaité davantage d'investissements en santé et en éducation ainsi qu'une aide accrue aux travailleurs des secteurs manufacturier et de la forêt, ce qui aurait été possible n'eut été des importantes sources de revenus dont s'est privé le gouvernement, la FTQ apprécie néanmoins à sa juste valeur l'exercice budgétaire relativement prudent de la ministre Jérôme-Forget dans les circonstances.
« À première vue et à moins d'avoir manqué des petits caractères, il s'agit d'un budget avec lequel on peut très bien vivre, avec une série de petits pas dans la bonne direction », a déclaré Michel Arsenault.
Il se réjouit que le budget 2008-2009 cible le secteur manufacturier pour l'abolition de la taxe sur le capital et non pas l'ensemble des secteurs, incluant les banques, les compagnies d'assurances et les pétrolières, qui n'en ont certainement pas besoin par les temps qui courent.
La FTQ prend acte des mesures contenues dans le pacte pour l'emploi, pour la formation, l'intégration des immigrants, pour la francisation, pour la retraite progressive. « Nous croyons que dans sa grande prudence, le gouvernement vise les bonnes cibles, malgré le peu de moyens disponibles »
En revanche, pour les régions en général, la FTQ questionne le glissement de crédits d'impôt reliés au salaire vers des crédits d'impôt liés à l'investissement dont l'emploi peut ou ne peut pas être tributaire. « Nous n'en ferons pas une crise d'urticaire, mais nous préférons de loin les mesures qui créent une obligation de maintien ou de création d'emplois, notamment dans un contexte d'exode démographique ».
-Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) :
Si elle admet que le plus récent budget Jérôme-Forget contient de bonnes mesures - notamment celles qui favorisent la francisation, l'éducation supérieure, la retraite progressive et le soutien aux régions en difficultés - Claudette Carbonneau, déplore que le gouvernement ait si peu d'argent à y consacrer.
« Le premier ministre avait raison de dire qu'il s'agissait d'un budget peu flamboyant. Après s'être privé lui-même d'une marge de manoeuvre de plus de deux milliards au cours des 12 derniers mois, il se condamne à répartir des miettes : 291 millions en 2008-2009 », dit-elle.
«Il y a des orientations qui sont un pas dans la bonne direction, mais les montants qu'on peut y consacrer sont tellement minces que ça ne changera pas le quotidien des Québécois et des Québécoises», ajoute-t-elle.
-Jean Perrault , président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ):
Pour le maire de Sherbrooke, le budget présenté aujourd'hui comporte des mesures intéressantes pour les régions, mais le magistrat considère du même souffle qu'il y a encore beaucoup à faire pour régler certains dossiers majeurs du monde municipal, comme celui des infrastructures.
« Nous espérons maintenant que le gouvernement du Québec s'entende avec le fédéral pour la mise en oeuvre du programme Chantiers Canada et la permanence du transfert de la taxe sur l'essence. L'UMQ offre sa collaboration au gouvernement pour qu'une majeure partie des fonds de Chantiers Canada soit consacrée à la résorption du déficit des infrastructures municipales. Elle réitère également son souhait pour qu'il rende pérenne sa contribution pour la taxe sur l'essence, » a déclaré Jean Perrault.
L'UMQ reçoit également positivement l'annonce d'un investissement de 132 M$ pour la construction de 2 000 logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis Québec, assurant ainsi sa reconduction au-delà de 2009, une demande qu'elle a maintes fois formulée. Le gouvernement porte ainsi l'objectif de construction à 24 000 unités.
LES DÉÇUS
-Michel Sawyer, président directeur général du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ):
Pour le syndicat, le train de la réingénierie libérale roule toujours à grande vitesse malgré le silence du gouvernement Charest à ce sujet. À cet égard, le budget 2008-2009 de la ministre des Finances comporte plusieurs mauvaises nouvelles pour la fonction publique du Québec.
En effet, les budgets de plusieurs ministères seront diminués et tous seront affectés par une diminution importante de leurs effectifs. À terme, le SFPQ considère que cette situation compromet la capacité des ministères et des organismes à rendre les services auxquels la population est en droit de s'attendre.
Au chapitre de la croissance des dépenses, la ministre Monique Jérôme-Forget réserve un maigre 0,3 % d'augmentation pour les budgets des ministères et des organismes autres que la Santé, l'Éducation, les Transports et la Famille. « En tenant compte de l'inflation, cela signifie des restrictions budgétaires qui s'additionnent à celles qui se succèdent année après année depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral », explique Michel Sawyer.

