Nos jeunes entrepreneurs sont-ils prêts à passer à l'action?
Yvon Laprade
Le Journal de Montréal
Au moment où les Québécois s’interrogent sur leur identité politique et sociale, des enjeux économiques se pointent à l’horizon. Une question vient sur les lèvres des dirigeants d’entreprise : les jeunes entrepreneurs sont-ils prêts à passer à l’action pour bâtir le Québec de demain ?
La réponse est oui, selon Louis Roquet, président et chef de l’exploitation de Desjardins Capital de risque.
Il fait référence à un récent sondage sur la question. « C’est le Québec qui a eu le meilleur pointage au pays en ce qui a trait à l’intérêt des jeunes pour devenir entrepreneurs. C’est tout un revirement, compte tenu qu’il y a 10 ans, nous avions eu le score le plus bas au Canada », souligne-t-il en entrevue au Journal de Montréal.
Mais il nuance vite ses propos. « Si on veut encourager cette relève, il faudra l’outiller, lui donner les moyens de prendre sa place au sein de nos entreprises », précise-t-il.
Louis Roquet a donc décidé de passer à l’action. Il vient d’accepter la présidence d’honneur du concours Les Anges financiers, édition 2008, doté d’une bourse de 30 000 $.
La douzième édition de ce concours permettra aux jeunes entrepreneurs de 18 à 40 ans de soumettre un projet et de rencontrer des gens d’affaires qui les aideront à développer leur entreprise, qu’elle soit en démarrage ou en développement.
Expérience
Le concours est organisé conjointement par la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse et la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM).
« Le développement économique du Québec passe inévitablement par la création d’une relève entrepreneuriale et par le soutien que les entrepreneurs d’expérience pourront donner aux jeunes gens d’affaires.»
« Ce concours (Les Anges financiers) vise justement à faire ce pont essentiel entre les générations d’entrepreneurs », souligne Louis Roquet.
Il cite en exemple le cas d’une jeune techno montréalaise, la firme Tungle, qui a remporté l’an dernier un des prix du concours.
« Cette entreprise qui était alors en démarrage compte maintenant une douzaine d’employés, et elle a obtenu du financement (625 000 $) chez nous par la suite », ajoute le président de la filiale de Desjardins.
Intérêt
Louis Roquet ne cache pas, cependant, que les défis de la relève en entreprise sont bien présents, particulièrement au Québec, où les dirigeants vieillissants hésitent à passer le flambeau.
« Ce qu’il nous faut, dit-il, c’est trouver des jeunes repreneurs qui vont faciliter la transition. Il faut former des jeunes qui seront prêts à diriger des PME, qui sont actuellement en bonne santé, mais qui ont besoin de relève », analyse le président et chef de l’exploitation.
Il déplore toutefois que le Québec économique ne soit pas fortement représenté par des sociétés qui sont en mesure d’« accompagner » les entreprises en phase de transition.
« Il ne faut pas laisser les fonds de prise de contrôle de l’Ontario et des États-Unis s’approcher de trop près de nos entrepreneurs québécois qui sont à la recherche de partenaires pour vendre ou transférer leur entreprise.
« Ce serait trop bête de laisser aller les choses et de perdre ce qu’on a mis 40 ans à bâtir. Il faut être vigilant », insiste-t-il.
Il constate avec un certain étonnement qu’on ne trouve, au Québec, qu’un nombre marginal de joueurs capables d’investir dans des entreprises d’ici. Il cite en exemple Novacap dans le capital-risque mais il signale qu’en Ontario, « il y a une trentaine de joueurs dans ce créneau », et bien davantage aux États-Unis.


