Le samedi 21 novembre 2009

Faut-il vraiment hausser les frais de scolarité?

15 novembre 2007 | 13h32
ARGENT 
 Photo © Corbis

ARGENT CANOË

Malgré l'intensification des moyens de pression des étudiants face au dégel des frais de scolarité, le gouvernement Charest reste inflexible. Ceux-ci devront subir, dès cet automne, une hausse de 30 % sur 5 ans. Faut-il ou non augmenter les frais de scolarité et dans quelle proportion ? On a posé la question à trois économistes.

Nathalie Elgrably, économiste à l'institut économique de Montréal et professeur aux HEC.

« Les étudiants doivent faire leur part »

Pour l'économiste, le dégel des frais de scolarité est nécessaire. Non seulement, au Québec, les étudiants paient les frais les plus faibles au Canada mais ces derniers sont également parmi les plus faibles au monde. En 30 ans, les frais ont été ajustés une seule fois, lors du dégel de 1994.

Au minimum, les frais de scolarité devraient être indéxés sur le coût de la vie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Dans le même temps, les universités n'ont pas eu leurs frais gelés au cours des 30 dernières années.

« À un moment donné, les étudiants doivent faire leur part. On veut l'universalité d'accès mais un très grand nombre d'études suggèrent que les frais de scolarité ne découragent pas l'entrée à l'université. Au Québec, ils sont les plus faibles du Canada, malgré tout la fréquention scolaire n'est pas plus élevée. Ainsi, la Nouvelle-Écosse, qui a les frais les plus élevés au pays, dispose du taux de fréquentation le plus important », illustre Madame Elgrably.

Elle balaie du revers de la main l'argument des associations étudiantes qui veut que la hausse des frais entraînera une diminution de l'accès. « Ils supposent que l'éducation est un bien de consommation. L'éducation n'est pas un bien de consommation, c'est un investissement », relève-t-elle.

Pour elle, la hausse fixée par le gouvernement Charest est raisonnable. De plus, pour la chargée de cours aux HEC, la fréquentation des universités est en majorité le fait des gens issus d'un milieu aisé. Ils ont donc les moyens de payer.

Nicolas Marceau, professeur d'économie de l'UQAM :

« Un impôt post-universitaire ? »

« L'indexation des frais de scolarité à l'inflation me conviendrait mais je ne suis pas en accord avec l'idée d'augmenter de manière importante les frais de scolarité comme le fait le gouvernement libéral », lance d'entrée de jeu le professeur.

Quoi qu'on en dise, l'augmentation des droits de scolarité se traduira par une diminution du nombre d'étudiants qui iront à l'université. « Une hausse de 10 % devrait réduire la fréquentation de 1 à 2 %. Avec la hausse des frais annoncée, la baisse de fréquentation sera de 3 à 6 % », dit-il.

Une perspective étonnante quand tout le monde se plaint que les québécois ne sont pas assez productifs. Une situation qui ne s'explique que par une chose : « nous sommes moins instruits que nos voisins », estime monsieur Marceau. « Il ne me semble pas opportun de diminuer le nombre d'étudiants alors que nous devons gagner en productivité », souligne l'expert.

Pour pallier à l'importante hausse à laquelle les étudiants devront faire face, il pense que le gouvernement devrait réformer de manière significative le régime d'aides aux étudiants. « Actuellement, il existe beaucoup de trous dans le régime de prêts et bourses », dit-il.

« Si on mettait un impôt post-universitaire, un remboursement proportionnel au revenu, je serais ouvert à discuter d'une contribution plus importante des étudiants », conclut-il.

Valérie Vierstraete, professeur d'économie à l'Université de Sherbrooke et auteur d'une étude sur les frais de scolarité commandée par le ministère de l'Éducation

« La hausse des droits est raisonnable »

Quelle que soit la hausse des droits ou frais de scolarité, cela va diminuer l'accès aux études, explique Valérie Vierstraete. C'est la règle pour tout bien dont le prix augmente (sauf de très rares exceptions). Le concept économique là-dessous est celui de l'élasticité-prix : quand le prix d'un bien augmente, la quantité demandée pour ce bien diminue. En fonction de la nature de ces biens cependant, la diminution peut être plus ou moins forte.« Dans le cas des droits de scolarité, l'élasticité que j'ai pu calculer est assez peu élevée, parce qu'au Québec, les droits de scolarité représentent une faible part du coût total des études (il faut y ajouter les frais de subsistance, le coût du logement et surtout le manque à gagner du fait d'être aux études et pas sur le marché du travail) », détaille-t-elle. Donc si les droits augmentent au Québec, le nombre d'inscriptions va diminuer automatiquement, mais dans une proportion plus faible en pourcentage que le pourcentage de hausse des droits. C'est pourquoi, surtout si l'aide financière est valorisée pour compenser la hausse, la perte dans les inscriptions peut être limitée. « Si on envisage que c'est la hausse des droits qu'il faut prioriser, on peut considérer que celle qui a été décrétée est raisonnable. En effet, si on la ramène à la hausse du niveau général des prix (et donc des hausses de l'ensemble des dépenses auxquelles ont à faire face les étudiants), elle devient minime », dit la spécialiste en économie de l'éducation.

De plus, étaler la hausse sur 5 ans est une bonne chose, car elle permet aux étudiants actuels de ne pas prendre la hausse totale de plein fouet, et aux étudiants à venir de prévoir ces dépenses supplémentaires et d'envisager tout de suite comment y faire face. Enfin, même une fois la hausse totale complétée, on restera au Québec bien loin de la moyenne canadienne. Et même si les revenus sont moins élevés au Québec que dans le reste du Canada, la comparaison reste valable.

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