Le lundi 13 février 2012

Le Banquier

1 octobre 2007 | 09h34
ARGENT 
 

Anne Marcotte*

Comme près de 3 millions de téléspectateurs, j'ai regardé l'émission spéciale Le Banquier dimanche soir dernier. C'était un bon show. Et la négociation à laquelle se sont livrés René Angélil et Julie Snyder n'a pas été sans me rappeler quelques souvenirs, pas nécessairement divertissants.

Je n'avais pas vraiment pensé aller rencontrer un banquier lorsque je me suis lancée en affaires. Du moins, pas prioritairement. Pourquoi ?

* La version officielle (celle que je racontais à l'entourage...) : je venais d'être congédiée et je tentais de créer mon premier emploi en démarrant mon entreprise. Il fallait que je fasse vite, très vite. Je n'avais pas le temps d'écrire mon plan d'affaires pour aller le présenter à une institution financière.

* La version officieuse (la vraie !) : rencontrer le banquier ne m'excitait pas du tout. Cela m'intimidait. J'avais peur. Peur de ne pas être à la hauteur.

Pour me convaincre de ne pas y aller, je me disais qu'il était plus important pour moi de m'affairer à rencontrer des clients pour décrocher des contrats. Avec les entrées de fonds, j'allais financer mon fonds de roulement et régler toute l'affaire. Logique, non ?

Logique jusqu'à... ceci : au bout de quelques semaines, devant mes problèmes de trésorerie, un de mes fournisseurs en vint à me servir un ultimatum de 48 heures. À défaut d'un acompte de quelques milliers de dollars pour ses équipements informatiques, il les reprendrait. Et je perdrais tous les contrats sur lesquels je comptais pour me financer.

J'ai littéralement paniqué. Que faire ?

Je me suis tournée intuitivement vers le «love money». C'est l'argent qui provient d'amis ou de la famille.

J'ai été chanceuse. Je suis tombée sur des gens qui pouvaient lire entre les lignes, et ce, sans même avoir un plan d'affaires écrit entre les mains. Des gens qui me connaissaient et qui reconnaissaient mes valeurs entrepreneuriales, ma détermination et mon acharnement. Des gens qui avaient confiance en moi.

Rapidement, j'ai cependant eu besoin de financement à nouveau. Et la grande rencontre tant redoutée s'est finalement pointée.

J'ai écrit mon plan d'affaires la nuit pendant que les clients potentiels dormaient. Je me revois dans le bureau, nerveuse, mais tout de même désormais plus confiante (grâce à l'aide de ceux qui avaient cru en moi). Je me souviens précisément des commentaires de mon banquier : «Je dois avouer que votre plan d'affaires est plutôt original et peu conventionnel. Mais il semble démontrer que vous connaissez votre marché.»

Oui, mon banquier avait raison. Je connaissais tellement mon marché que j'avais indiqué, en plus des parts de marché estimées, la liste de tous les clients potentiels que je comptais contacter dans les semaines suivantes. Avec leurs coordonnées. Il y avait même le chiffre d'affaires espéré pour chacun d'eux. J'étais une entrepreneure qui performait sur le terrain et mon plan d'affaires en était complètement teinté. La chose sembla le mettre en confiance. Tout en respectant les normes de l'institution, il m'accorda un premier prêt de 20 000 $. Le programme s'intitulait : «Sois ton propre patron».

MORALE DE L'HISTOIRE ?

Un ami dit de moi que je fus l'exemple et le contre-exemple.

Le contre-exemple parce que j'aurais dû dès le départ ne pas m'illusionner et chercher à bien prévoir mes besoins en financement. L'exemple parce qu'il faut faire exactement le contraire de ce que j'ai fait ! Chaque plan d'affaires a sa vie, sa personnalité. Ne pas oser présenter le sien dès le départ à son banquier peut coûter cher à une entrepreneure. N'ayez pas peur de son jugement, fiez-vous au vôtre, foncez.

Il sera toujours temps de jauger ses faiblesses, à partir des commentaires reçus, et, au besoin, de l'adapter.

UNE TRIBUNE POUR VOUS

Je vous remercie de partager avec moi vos réflexions chaque semaine. Cette tribune est pour vous, écrivez-moi ! À la semaine prochaine.

*Anne Marcotte est une femme d'affaires présidente de Vivemtia. Elle peut être jointe à anne.marcotte@vivemtia.ca

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