L'Église catholique vend ses églises
Mise à jour: 24 juillet 2007 | 08h11
Yvon Laprade
Journal de Montréal
À vendre: église catholique. Prix demandé: 500 000 $. Pour information, communiquer avec le diocèse de Montréal.
Les églises catholiques ne sont pas toutes à vendre dans la grande région de Montréal, mais plusieurs sont à l'agonie. Depuis dix ans, le diocèse s'est départi d'une trentaine d'églises. C'est plus de 10 % du patrimoine qui a été ainsi cédé à des organismes religieux ou à des groupes communautaires.
Les églises ont été vendues à des prix variant de 300 000 $ à plus de 1 M$.
C'est le cas de l'église Sainte-Madeleine-Sophie-Barat, qui a été acquise par une communauté catholique libanaise. L¹église Saint-François-Solano, dans le quartier Rosemont, vient d'être vendue 500 000 $.
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Quelques notes...
- Une église à vendre est généralement «sur le marché» pendant neuf mois.
- Les églises ne paient pas de taxes foncières.
- Près de la moitié (40%) des paroisses du diocèse de Montréal sont déficitaires, tandis que 35% sont en équilibre budgétaire. Les déficits peuvent atteindre 100 000 $, dans des cas «exceptionnels», alors que la moyenne des déficits est de 25 000 à 35 000$.
- Seulement 25% des paroisses font de légers surplus. «Les surplus ne dépassent pas 25 000 $, et c'est souvent moins que cela», précise Louis-Philippe Desrosiers.
- Le budget de fonctionnement d'une paroisse, pour son église, est de 100 000 $, au minimum, et les coûts d'entretien et de chauffage sont en constante progression.
«Le nombre de prêtres est en décroissance, il y a moins de fidèles et moins de paroissiens», constate Louis-Philippe Desrosiers, qui a la responsabilité de vendre les églises aux acheteurs intéressés.
Facilitateur
Monsieur Desrosiers se décrit comme un «facilitateur». «Il y a un certain nombre de gens (groupes religieux et groupes communautaires) qui cherchent des églises, et moi, je fais en sorte de les en informer», dit-il.
Le diocèse de Montréal couvre l'île de Montréal, Laval et jusqu'à Saint-Sulpice, près de Repentigny.
Louis-Philippe Desrosiers reconnaît que le diocèse, où il a été économe jusqu¹en octobre 2006, «ne peut pas conserver» toutes ses églises.
«Mais si une église ferme, c'est d'abord la décision des paroissiens, pas de l'évêque», ajoute-t-il. Il estime que le diocèse obtient généralement le prix demandé.
«On a 80 % de l'évaluation (du bâtiment et du terrain). On a des bâtiments en bonne condition, qui sont bien entretenus», dit-il. Les acheteurs «religieux» sont, entre autres, l'Église baptiste et l'Église adventiste.
«Nous avons beaucoup de communautés ethniques qui veulent acheter des églises. Nous ne vendons pas à des sectes», dit-il. Resto-Pop Le diocèse a également vendu de ses églises à des groupes communautaires.
Par exemple, l'église Saint-Mathias est maintenant utilisée par le Resto-Pop.
L'église Christophe-Colomb a maintenant une vocation multiple (familles monoparentales, personnes âgées).
Mais il y a aussi une église, celle de Saint-Jean-de-la-Croix, angle Saint-Zotique et Saint-Laurent, qui a été transformée en condominiums.
Cinq églises à vendre
Au moins cinq églises du diocèse de Montréal sont à vendre actuellement, mais impossible de savoir où elles sont situées!
C'est que le plus complet mystère entoure la vente de ces temples religieux.
«Les paroissiens le savent, eux», se contente de dire le responsable de la disposition des édifices excédentaires, Louis-Philippe Desrosiers.
Ce sont principalement des groupes religieux qui sont sur la liste des acheteurs potentiels.
À elle seule, l'Église adventiste a les yeux sur deux églises au centre-ville.
«Nos églises sont en mauvais état», Stéphane Tardif
Les églises catholiques souffrent d'un «manque aigu d'entretien» et le temps presse pour qu¹on effectue des travaux majeurs pour en préserver le caractère architectural unique, selon Stéphane Tardif.
«C'est malheureux de constater qu'un nombre important de ces temples religieux ont été mal entretenus et souvent patchés avec du goudron pour colmater les fuites», déplore cet entrepreneur qui s'est découvert une passion pour la restauration des églises.
Il supervisera les travaux de remise en condition de l'église Saint-François-Solano, rue Dandurand, dans le quartier Rosemont.
Le bâtiment vient d'être acquis par l'Église adventiste. C'est le diocèse de Montréal qui a autorisé la vente de cette église catholique, faute de moyens financiers pour en assurer la continuité.
Envergure
Le terrain et le bâtiment ont été vendus pour la «modique» somme de 500 000 $, mais on s'attend à ce que les travaux de rénovation s'élèvent à 350 000 $.
«Il en coûterait facilement 8 M$ pour construire une église de cette envergure en dollars d'aujourd¹hui», convient Stéphane Tardif, à la tête de la firme de réparation de structures Atlantech, à Lachenaie.
Il ne cache pas qu'il est «bien payé» pour le travail de consultant qu'il réalise pour le compte de l'Église adventiste.
«Je suis d'abord entrepreneur. Mais ça ne m'empêche pas d'apprécier l'approche de cette communauté qui fait des efforts pour redonner du lustre à ces belles églises trop souvent mal entretenues», ajoute-t-il.
Pas lancer la pierre
Par ailleurs, en dépit du sentiment de laisser-aller constaté dans plusieurs paroisses «qui n'ont plus les moyens d'entretenir les églises», Stéphane Tardif se garde bien de lancer la première pierre.
«Il faut bien reconnaître que de plus en plus d'églises sont branchées sur le respirateur artificiel. Il y a moins de fidèles, et les moyens financiers font défaut pour faire les travaux adéquatement», constate-t-il.
«Es-tu un bon catholique?»
L'expertise que Stéphane Tardif met au service des adventistes ne fait pas toujours l'affaire de certains curés de paroisses catholiques.
«Es-tu un bon catholique?», s'est même fait demander l'entrepreneur par un curé d'une paroisse montréalaise.
Stéphane Tardif venait de lui soumettre un rapport dévastateur sur l'état d'un bâtiment religieux qui risquait de faire baisser le prix de vente de façon substantielle.
«Je lui ai dit qu'il allait devoir réviser à la baisse le prix de vente parce qu'il y avait des problèmes à la structure et qu'il y avait des infiltrations d'eau. Il n'a pas apprécié», souligne-t-il.
Il ajoute que le curé - qu'il ne veut pas identifier puisque la transaction n'est pas finalisée - lui a laissé entendre que son rapport négatif - et favorable aux adventistes -- pouvait «enlever le pain de la bouche de ses paroissiens»...
ylaprade@journalmtl.com

