Moteur diesel ou hybride, lequel l’emportera?
ARGENT SPECIAL INVESTISSEMENT
Frédéric Towner Sarault
ARGENT CANOE
Moteur diesel ou moteur hybride, qui remportera la bataille?
C’est la question qui court sur les marchés financiers, alors que plusieurs investisseurs se demandent comment positionner leurs billes.
Dans le coin gauche, les sociétés allemandes BMW, Mercedes, Volkswagen et leurs fournisseurs BorgWarner et Denso espèrent un développement marqué du diesel, puisqu’elles maîtrisent déjà la technologie. Dans le coin droit, Toyota, Honda et des fournisseurs de batteries comme Johnson Controls, ont une longueur d’avance ou beaucoup à gagner du développement hybride.
Alors que le cadre juridique sur les normes d’émission de polluants des carburants est sur le point d’être rendus plus sévère en Amérique du Nord, la bataille commerciale pour déterminer lequel des deux moteurs prendra la place du moteur conventionnel ne fait que commencer.
La plupart des experts s’entendent pour dire que les deux types de modèles devraient faire d’importantes percées sur le marché nord américain. Et ce pour trois raisons principales, estime la firme Ricardo, spécialiste du secteur automobile.
• l’attitude des automobilistes, de plus en plus conscients des méfaits de leur mode de vie sur l’environnement;
• les changements législatifs dans la plupart des juridictions nord américaines;
• l’augmentation des prix de l’essence.
Les règles du jeu sont sur le point de changer
En avril, la Cour suprême des États Unis a déterminé que l’Agence fédérale américaine de protection de l’environnement (EPA) avait le pouvoir d’imposer des normes sur les émissions de gaz à effet de serre. La décision ne concerne pas les émissions de monoxyde des véhicules, mais des experts estiment qu’il y a fort à parier que la conjoncture environnementale poussera EPA dans cette direction.
Déjà, une dizaine d’États américains, la Californie en tête, ont adopté des lois visant à promouvoir l’économie de carburant et la réduction des émissions de polluants. Ces dix États, qui a eux seuls représentent environ 30% des ventes d’automobiles aux États Unis, s’apprêtent à imposer des normes qui forceront une diminution de 30% des émissions de CO d’ici 2016.
La publication spécialisée américaine Automotive News note par ailleurs que le résultat des élections américaines de 2008 pourrait précipiter les changements: un gouvernement démocrate risque d’être tenté de promettre des normes beaucoup plus sévères que celles en vigueur présentement.
La promesse des nouveaux modèles
La plupart des analyses prédisent une percée intéressante pour les deux types de moteurs, mais Ricardo et des firmes telles que UBS Investment estiment qu’en bout de piste, c’est le diesel qui devrait l’emporter sur la technologie hybride.
Les fabricants de moteurs diesel doivent encore apporter des améliorations technologiques, notamment pour les systèmes d’échappement afin de réduire les émissions de polluants. Les normes nord américaines sont en effet plus sévères que les normes européennes. Ce qui veut dire que pour passer la barre des nouvelles normes anticipées les producteurs devront investir davantage. Mais le moteur conserve un avantage indéniable : il coûte moins cher à produire.
Des analyses réalisées pour le compte de Ricardo révèlent que dans la catégories des moteurs 4 litres V8 (VSU), les engins diesel qui répondront aux nouvelles normes anticipées coûteraient entre 3000$ et 4000$ US de plus qu’un véhicule traditionnel à essence. En comparaison, la technologie hybride coûte entre 7000$ et 8000$ US de plus que la technologie traditionnelle. Pour des véhicules plus petits (Toyota Camry, VW Passat) la portion de coûts supplémentaire est estimée à entre 2000$ US et 3000$ US pour des modèles diesel, contre 5000$ US pour la technologie hybride.
Les modèlent hybrides ont l’avantage d’émettre une fraction des polluants des moteur diesel et de répondre déjà aux normes de l’avenir. Les chercheurs mettent toutefois en cause les résultats des tests publiés sur les économies de carburants qui promettent des réduction de 20% de carburant par rapport aux modèles à combustion interne traditionnels (essence). Les chercheurs semblent s’entendre sur le fait que pour atteindre ce potentiel d’économie de carburant, les conducteurs d’hybrides devraient conduire de façon irréalistes. Notamment parce que les tests pour atteindre les niveaux d’économie prévus impliquent des phases d’accélérations graduelles sur de longues distances, ce qui est presque impossible en situation de trafic urbain.
UBS Investment prédit qu’en 2012, les producteurs de moteurs diesel devraient annuellement vendre 1,5 M d’unités en Amérique du nord par rapport à 545 000 aujourd’d’hui. Le nombre d’unités hybrides devrait plutôt se situer autour de 1,2 M alors qu’il est de 255 000 aujourd’hui.
Les experts reconnaissent toutefois que les préférences des automobilistes, leurs convictions quant aux priorités environnementales ainsi que les fluctuations des prix de l’essence demeureront les principaux facteurs de décision d’achat d’un nouveau véhicule.

