La décision payante de Jean Coutu
Jean-Philippe Décarie
Chroniqueur
Le Journal de Montréal
Ç’a été long, plus long que prévu, mais le Groupe Jean Coutu (PJC.A) a finalement mis un terme à son aventure américaine qui s’est davantage transformée en mésaventure depuis l’acquisition de 1500 pharmacies Eckerd. Rite Aid Corporation (RAD) a officiellement pris possession hier des actifs américains du groupe québécois, après l’avoir généreusement dédommagé et en avoir fait son principal actionnaire.
Se mettre dans le pétrin, ce n’est jamais très agréable, tous en conviendront. Mais savoir s’en sortir, et surtout s’en sortir en meilleure position qu’on ne l’était au moment où on s’y est mis, c’est ce qu’on appelle transformer un problème en occasion.
Et c’est exactement ce que vient de réaliser le Groupe Jean Coutu qui, jusqu’à tout récemment, avait toujours connu une trajectoire sans faille.
On connaît les succès qu’a remportés le petit pharmacien de quartier qui a réussi à former une chaîne importante au Québec avant de répéter l’exploit dans le Nord-Est américain pour finalement frapper un mur en achetant à fort prix — 2,4 G$ US — un groupe de 1 500 pharmacies Eckerd dans plusieurs États américains qu’on a eu du mal à intégrer dès le départ.
C’est en août dernier que Jean Coutu a annoncé l’entente avec Rite Aid qui lui permettait de disposer de son réseau américain problématique et de soulager le groupe du poids financier qui commençait à peser lourd sur ses épaules, mais c’est seulement vendredi dernier que les autorités américaines ont finalement donné leur aval à l’acquisition de Rite Aid.
Rappelons qu’en vertu de cette transaction, Jean Coutu cède tout son réseau de quelque 1 850 pharmacies aux États-Unis de même que ses 6 centres de distribution contre le paiement comptant de 2,4 milliards de dollars US et 250 millions d’actions de Rite Aid, ce qui en fait le plus important actionnaire du groupe avec 32% des actions en circulation.
Une transaction payante
Lorsque Jean Coutu a annoncé cette entente en août dernier, on se demandait alors s’il s’agissait d’un repli stratégique ou d’un retour en force sur le marché américain pour le groupe québécois.
À la lumière de la valorisation que le marché a accordée à Rite Aid depuis le mois d’août, on peut affirmer que Jean Coutu a peut-être réalisé un repli stratégique — en délaissant les opérations courantes aux États-Unis — mais qu’il vient d’effectuer un retour en force du point de vue financier puisque son seul investissement dans Rite Aid s’est apprécié de 48% en à peine 9 mois.
Les 250 millions actions de Rite Aid, qui valaient 4,40$US au moment de l’annonce de la transaction, ont clôturé à 6,51$US hier. La valeur du placement de Jean Coutu est passée de 1,1 milliard à 1,64 milliard US depuis que l’entente a été conclue, et le groupe québécois a totalement effacé sa dette américaine avec le paiement comptant qu’a réalisé Rite Aid.
La valorisation de Rite Aid ne se reflète pas encore sur les actions du Groupe Jean Coutu, convient François-Jean Coutu, président des opérations canadiennes de PJC. Mais une fois que l’intégration des pharmacies Brooks et Eckerd au réseau des pharmacies Rite Aid sera complétée, les résultats ne vont pas tarder.
«On a fait une bonne transaction. Plutôt que d’être l’actionnaire à 100% d’une chaîne régionale de 1 850 pharmacies qui fait des revenus de 10G$ US, on est l’actionnaire principal d’une chaîne nationale de 5 000 pharmacies, fortement implantée dans le marché du Nord-Est américain, qui va réaliser des ventes de 27G$ US», nous rappelait François-Jean Coutu hier.
«On regarde maintenant à la loupe plusieurs projets d’expansion au Canada», précise celui qui a retrouvé toute la marge de manœuvre financière qui avait été temporairement perdue dans l’aventure américaine.


