Comment Sophie Brochu gère différemment Gaz Métro
Jean-Philippe Décarie
Le Journal de Montréal
Sophie Brochu s'est jointe à Gaz Métro (GZM.UN) il y a dix ans à titre de vice-présidente au développement des affaires. «J'ai accepté le poste en prévenant Robert Tessier (le PDG) que je resterais trois ans et que je ne dirigerais personne», rappelle-t-elle pour bien souligner que le destin est plus fort que n'importe quel plan de carrière. «Gaz Métro, c'est une belle entreprise de services publics qui m'apporte une grande satisfaction parce qu'on a le sentiment d'avoir une contribution réelle pour la société», résume celle qui a succédé à Robert Tessier en février dernier.
Chez Gaz Métro, elle s'est retrouvée dans son élément : une pure entreprise du secteur énergétique.
«La prise de conscience environnementale nous a fait revoir la relation qu'on a avec l'énergie, et les Québécois ne doivent pas se percevoir comme simples consommateurs mais comme citoyens aussi» , explique Sophie Brochu.
À cet égard, la PDG est notamment fière du modèle qu'a développé Gaz Métro pour établir sa tarification.
Plutôt que d'entendre chaque année des groupes débattre lors d'audiences devant la Régie de l'énergie, Gaz Métro a mis sur pied en 2000 une table de concertation où chacun exprime son point de vue pour arriver à établir les hausses tarifaires prévisibles.
«On y retrouve des gros clients institutionnels, Option consommateurs, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et des environnementalistes et on dégage chaque année un consensus» , précise-t-elle.
Tarifs et profits
Sophie Brochu estime que cette façon de faire a le mérite de responsabiliser tout le monde et de faire admettre que l'investisseur a le droit de réaliser un profit acceptable.
Rappelons que Gaz Métro n'a pas de contrôle sur le prix du gaz naturel et que l'entreprise ne perçoit que des redevances sur ses activités de transport et de distribution. C'est sur ces activités qu'elle s'entend avec ses usagers sur les marges qui sont acceptables.
«C'est comme pour Hydro-Québec. Les Québécois sont devenus individualistes, puis désabusés lorsque Hydro a recommencé à hausser ses tarifs et à afficher des profits. Mais ces profits-là servent à l'ensemble de la communauté et proviennent d'une énergie propre.
«Nous, on est complémentaires, pas concurrents d'Hydro-Québec. Lorsque les gens utilisent le gaz naturel, ça libère de l'électricité qui peut être vendue à l'exportation et rapporter à la collectivité» , explique la PDG de Gaz Métro.
Depuis quelques années, de plus en plus de ménages québécois adoptent le gaz naturel.
«On a recommencé à développer le secteur résidentiel en 1997 lorsqu'on voyait venir la fin du gel des tarifs d'Hydro. Par rapport à 2000, il y a cinq fois plus de gens qui optent pour le gaz naturel alors qu'on a un taux de pénétration de 20% des nouvelles maisons contre 4% à l'époque» , souligne-t-elle.
Développements américains
Gaz Métro compte 167 000 clients au Québec : plus de 100 000 clients résidentiels, 55 000 clients commerciaux et 300 gros clients industriels.
L'entreprise exploite également une filiale américaine, Vermont Gaz Systems, qui dessert 37 000 clients et elle vient de faire l'acquisition de Green Mountain Power, un distributeur d'électricité du même État qui compte quelque 90 000 clients.
«On a payé 200M$ pour faire l'acquisition de Green Mountain, et l'entreprise contribuera à nos profits dès cette année» , affirme la présidente.


