Enfin un emploi… au nord de la Saskatchewan
Yvon Laprade
Le Journal de Montréal
La crise de l’industrie forestière a épuisé l’énergie d’Alain Larocque. À 45 ans, il quitte l’Abitibi pour aller travailler «à gros salaire» dans l’Ouest canadien, à 300 kilomètres au nord de Saskatoon.
«Je n’ai plus d’espoir de me trouver un emploi dans ma région. Je fais mes valises. Je m’en vais tenter ma chance en Saskatchewan», confie-t-il en entrevue au Journal de Montréal.
Alain Larocque fait partie des 350 travailleurs de la papetière Domtar, à Lebel-sur-Quévillon, qui sont sans travail depuis le 30 novembre 2005.
Domtar a fermé l’usine — le syndicat maintient qu’il s’agit d’un lock-out déguisé — en invoquant les difficiles conditions du marché.
«J’ai travaillé pendant 27 ans chez Domtar. Ça faisait bientôt 40 ans que je vivais à Lebel-sur-Quévillon.
«J’y ai passé ma vie, tout comme mon père, avant moi, qui a travaillé à cette usine pendant près de 35 ans.
«Ça me fait tout drôle de tout abandonner et de partir seul, sans famille, dans un coin de pays que je ne connais pas.
«Mais si je veux continuer de faire mon métier — il est mécanicien de machine fixe dans les pâtes et papiers —, il faut que je m’exile», précise-t-il.
Chômage élevé
Alain Larocque s’en va «pour ne pas revenir, assure-t-il. Il n’y a plus de débouchés dans cette industrie, et si je prends le chemin de la Saskatchewan, c’est pour ouvrir de nouveaux horizons», ajoute-t-il.
Il dit constater avec déception que le climat social à Lebel-sur-Quévillon, «avec autant de travailleurs sans emploi et un taux de chômage de 75%», est déprimant.
«Moi, j’ai décidé de passer à autre chose, même si je quitte l’Abitibi avec un pincement au coeur», précise-t-il.
Chez Domtar, ce mécanicien de machine fixe gagnait environ 30$ de l’heure. Il en gagnera plus de 40$ en Saskatchewan.
«J’ai bien tenté de me trouver un emploi en Abitibi, mais plusieurs scieries ont fermé et l’industrie des pâtes et papiers est à son plus mal», constate-t-il.

