Le samedi 21 novembre 2009

Crise financière : pareil ou pas pareil?

27 novembre 2008 | 10h32
ARGENT 
Le siège de la Bourse de New York 

par PHILIPPE GERMAIN

Les experts ne s’entendent pas à savoir si l’actuelle crise économique est une version renouvelée ou non du krach boursier de 1929, qui a ouvert la porte à la Grande Dépression des années 1930.

Certains s’accorderont avec Alexis de Tocqueville, célèbre penseur politique, historien et écrivain français du 19e siècle qui a écrit que « l’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies ».

« Comme en 1929, l’effondrement financier de 2008 est la conséquence d’une bulle spéculative », estime l’historien américain John Paul Rossi, professeur à l’université Penn State. « Si vous me demandez à quel point nous sommes près d’une autre Grande Dépression, la réponse c’est que nous en sommes très près! »

Il est vrai que tout comme il y a presque 80 ans, la situation actuelle est le résultat combiné d’une crise financière et d’importants problèmes de structure dans l’économie qui favorisent l’inégalité des revenus.

Selon le dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’inégalité des revenus, la croissance économique des deux dernières décennies a davantage profité aux riches qu’aux pauvres. Le rapport indique que l’écart entre les riches et les pauvres s’est creusé dans trois pays de l’OCDE sur quatre depuis 1988; or, cette inégalité avait aussi atteint des niveaux records en 1928, un an avant le déclenchement de la crise.

Il y a cinq ans, on estimait que 1% des familles occupant le sommet de la richesse aux États-Unis gagnait autant de l’ensemble du 40% se trouvant au bas de l’échelle. Ces statistiques étaient les mêmes en 1929.

D’autres experts, comme l’économiste Steve Hanke du Cato Institute de Washington estime qu’il est exagéré de comparer les deux périodes. « Nous vivons présentement un ralentissement énorme qui va probablement durer jusqu’à la fin de 2009, voire le début de 2010 ».

Hanke rappelle qu’à l’époque de la Grande Dépression, le chômage est passé de 3,1% à 24,7% en quatre ans et les perspectives économiques étaient si mauvaises qu’il y avait plus de personnes qui quittaient les États-Unis que ceux qui s’y installaient. « Je crois qu’il faut arrêter de faire peur au monde et vérifier les faits avant de parler de l’arrivée d’une nouvelle Dépression », dit-il.

Dans un récent article signé dans le magazine Forbes, Dr. Robert Froehlich, vice-président de la firme DWS Investments, une division américaine de la Deutsche Bank écrivait que la chute de l’inflation permettra aux banques centrales de venir à la rescousse de l’économie mondiale. Il fait notamment remarquer que le baril de pétrole se vendait 150$ à la mi-octobre, chutant à 70$ vers la fin novembre.

« Il ne faut pas oublier que le marché boursier a chuté de 89% aux États-Unis de 1929 à 1932. Cette fois-ci les gouvernements réagissent. Or, ce n’était pas le cas il y a 80 ans », dit-il.

En 1929, le secrétaire du Trésor américain, Andrew Mellon avait déclaré qu’il ne voyait aucune menace, ni rien qui pousse au pessimisme dans la situation de l’époque. Comme le souligne Froehlich, l’actuel président de la Réserve fédérale américaine affirme pour sa part qu’il continuera « d’utiliser tous les outils disponibles pour faire face à la crise ».

Somme toute, il est difficile pour monsieur et madame Tout-le-monde d’y voir clair. Il faut savoir faire la part des choses et lire entre les lignes, peu importe la direction de l’opinion générale ou ce qui nous est bombardé jour après jour dans les médias. La crise des années 1929 aura au moins cela de bon, elle présente une énorme leçon pour nous permettre d’éviter le pire.

Recherche
Les plus populaires