Dépôts: la proposition Jarislowsky ne fait pas l'unanimité
En vidéo, écoutez les commentaires du président et chef de la direction de la Société d'assurance-dépôts du Canada, Guy St-Pierre.
Mathieu Bruckmuller
Plusieurs experts doutent de l'utilité de relever la protection des dépôts comme le suggère Stephen Jarislowsky. Aujourd'hui, ces derniers sont garantis jusqu'à un maximum de 100 000 $ dans les banques, au Canada et aux États-Unis.
Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, lundi, le réputé gestionnaire a jugé ce montant nettement insuffisant. « Il faut prendre des mesures pour rassurer les épargnants, dans l’éventualité où ceux-ci seraient tentés de sortir leur argent. Je ne dis pas que c’est le cas, mais il faut prévenir pendant qu’il en est encore temps », a-t-il indiqué.
De son côté, Barack Obama a suggéré, hier, que l'agence fédérale Federal Deposit Insurance Corp garantisse les dépôts bancaires jusqu'à hauteur de 250 000 $US plutôt qu'à hauteur de 100 000 $US comme c'est actuellement le cas. Pour le candidat démocrate à l'élection présidentielle, cette mesure « rendrait le système bancaire plus sécuritaire et contribuerait à rétablir la confiance du public ». Son rival républicain a d'ailleurs repris la proposition à son compte.
Pour Jean Roy, au Canada, il n'apparaît cependant pas opportun de relever le plafond actuel. « Les personnes peuvent distribuer leurs dépôts dans plusieurs institutions si le montant excède les 100 000 $ », souligne le professeur de finances aux HEC. Et d'ajouter du même souffle, que « toute tentative de hausser maintenant la protection des dépôts pourrait, au contraire, envoyer le signal que les institutions bancaires canadiennes sont plus fragiles. Or ce n'est pas le cas ». Bref, il serait plus sage d'opérer toute modification à la protection en vigueur lors d’une période plus calme, plaide monsieur Roy.
Un sentiment partagé par l'économiste Carlos Leitao : « On pourrait regarder l'idée quand on sera sorti de cette crise financière. Actuellement, au Canada, le montant semble approprié ». La somme garantie par la Société d'assurance dépôt du Canada a d'ailleurs été relevée de 60 000$ à 100 000$ en 2005.
Dans le cas d'un scénario catastrophe où les banques commerciales tomberaient les unes après les autres, relever la protection des dépôts serait une option à considérer, mais on en n'est pas là, explique Francis Généreux du mouvement Desjardins. « La confiance est ébranlée, mais pas jusqu'au point où les épargnants craignent de perdre leurs placements les plus sécuritaires », avance l'économiste.
«Contrairement à ce qu'on a vu au Royaume-Uni, personne en Amérique du Nord ne fait la ligne pour retirer son argent », dit monsieur Généreux.


