Le dimanche 12 février 2012

L'argent placé dans le coffre-fort à New York a servi aux enfants de Mulroney

21 mai 2009 | 07h22
ARGENT 
 

Fannie Olivier
LA PRESSE CANADIENNE

Les 75 000$ placés dans un coffre-fort de New York par Brian Mulroney ont été «principalement» distribués à deux ou trois de ses enfants qui ont étudié aux États-Unis, a révélé l'ancien premier ministre, mercredi.

Interrogé par l'avocat de Karlheinz Schreiber, Richard Auger, M. Mulroney a expliqué qu'il avait commencé à retirer l'argent du troisième paiement de l'homme d'affaires autour de 2000, après que la somme soit «devenue sienne», soit après qu'il l'ait déclarée à l'impôt.

À cette époque, certains de ses enfants étudiaient aux Etats-Unis.

«Je pense qu'il y en avait, à cette époque, au moins deux sinon trois à New York et au Connecticut», s'est-il rappelé.

M. Schreiber a versé au moins 225 000$ en argent comptant à l'ancien premier ministre entre 1993 et 1994. De cette somme, environ 75 000$ ont dormi dans un coffre-fort de New York pendant six ans.

M. Mulroney a dit néanmoins avoir oublié le nombre précis de retraits de ce coffre-fort, le moment où ils se sont produits et les sommes retirées. Il a confié ne pas se souvenir de la dernière fois qu'il y aurait retiré de l'argent.

La commission présidée par le juge Jeffrey Oliphant a pour mission de déterminer la teneur des transactions commerciales et financières entre l'ancien premier ministre et l'homme d'affaires germano-canadien.

Après six jours de témoignage difficile, M. Mulroney a eu la permission de tirer sa révérence mercredi. Le juge Jeffrey Oliphant n'a pas manqué de souligner à quel point il était inhabituel d'avoir un témoin retenu aussi longtemps.

«Vous avez été le témoin qui a été à la barre le plus longtemps, je crois, pour toutes mes années en tant qu'avocat et mes 24 ans en tant que juge», s'est étonné le magistrat, avant de demander à M. Mulroney s'il estimait avoir été traité équitablement.

Si l'ex-chef conservateur affirme avoir a été traité avec «respect», l'exercice n'a visiblement pas été de tout repos pour lui. Il a dû en effet s'expliquer sur de nombreux fronts.

Les derniers jours de son témoignage ont été particulièrement pénibles pour l'ex-politicien. Pressé par les questions du procureur principal de la commission, Richard Wolson, M. Mulroney a dû s'expliquer sur la fréquence de ses relations avec l'homme d'affaires germano-canadien et sur les raisons pour lesquelles il a accepté de transiger en argent comptant avec lui.

Mardi, il a admis avoir payé de l'impôt seulement sur la moitié de ce qu'il avait reçu de M. Schreiber, grâce à un accord entre ses conseillers et les autorités fiscales en vertu d'un programme de divulgation volontaire. Le revenu provenant de ses transactions avec M. Schreiber n'a été déclaré qu'en 1999, soit six ans après que M. Mulroney ait touché l'argent.

Il s'est à nouveau fait talonner sur le sujet par Me Auger, mercredi. M. Mulroney a toujours prétendu qu'il n'était pas en retard sur ses paiements d'impôts puisqu'il jugeait que son contrat s'était terminé en 1999.

«Vous êtes d'accord avec moi sur le fait que, selon vos propres preuves, vous n'étiez pas en défaut de paiement», a demandé Me Auger.

«Selon mon jugement, oui», a répondu M. Mulroney. «Êtes-vous capable de dire au commissaire pourquoi, puisqu'il était normal que cela devienne un revenu en 1999, ne pas l'avoir simplement ajouté à votre rapport d'impôt en 2000, comme aurait fait n'importe qui?», a poursuivi l'avocat.

«Je ne peux pas répondre parce que j'ai donné cela à mes conseillers fiscaux et leur ai demandé de résoudre l'affaire», a expliqué l'ex-politicien. «La seule question que j'ai posée et dont je voulais m'assurer, c'est qu'en choisissant l'option de la divulgation volontaire, il n'y avait aucune connotation d'une quelconque culpabilité de ma part. On m'a donné cette assurance», a-t-il conclu.

Le programme de divulgation volontaire vise en effet à permettre aux contribuables de régulariser leur situation fiscale sans crainte d'être poursuivi ou pénalisé.

La commission se poursuit jeudi avec quelques autres témoignages, dont le plus attendu sera certainement celui de Karlheinz Schreiber, de nouveau appelé à répondre aux questions des avocats. On ignore néanmoins quand l'homme d'affaires pourra comparaître compte tenu de ses problèmes de santé puisqu'il a dû se faire enlever la vésicule biliaire la semaine dernière.

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