Le dimanche 8 novembre 2009

Que contiendra l'énoncé économique de Jim Flaherty?

21 novembre 2008 | 20h18
ARGENT 
Jim Flaherty.  Photo © Canoe / Archives

Mathieu Bruckmüller
Canoë-ARGENT

Les attentes des économistes à l'endroit de l'énoncé économique, qui sera prononcé jeudi prochain, par le ministre fédéral des Finances, sont plutôt faibles.

L'exercice donnera l'occasion à Jim Flaherty de rappeler que la conjoncture économique s'est aggravée depuis le dépôt du budget en février dernier et qu'un déficit pour l'exercice 2009-2010 est inévitable. «Cela permettra surtout de constater son ampleur», commente Sébastien Lavoie, économiste chez valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Et pour cause. Initialement, le gouvernement tablait sur une croissance du PIB de 2,4%, en 2009, permettant d'encaisser 1,3 G$ de surplus. Désormais, Desjardins vise un petit 0,3 % de croissance pour la période. Les revenus d'Ottawa vont donc fondre comme neige au soleil.

À chaque fois que la croissance est amputée d'un point de pourcentage, c'est 3 G$ de moins sur le solde budgétaire, rappelle Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement coopératif. Avec 2% de croissance en moins, le déficit pourrait donc atteindre 5 G$.

Hier, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a déjà annoncé la couleur, évoquant un déficit d'au moins 3,9 G$ pour le prochain budget.

Avec un peu de chance, Jim Flaherty pourrait annoncer un léger surplus pour 2008-2009 ou à tout le moins, un équilibre budgétaire. À l'origine, il tablait quand même sur un surplus de 2,4 G$.

Retour annoncé au déficit

Ce retour annoncé au déficit, une première en 13 ans, n'inquiète pas outre mesure les experts.

«Le fédéral a baissé sa dette de 100 G$ au cours de la dernière décennie. Ce n'est pas la fin du monde, si cela ne devient pas chronique et que l'on se remette sur les rails en 2010-2011», avance Sébastien Lavoie. L'économiste table même sur un déficit de 1 G$ pour l'exercice en cours.

«Assumons le déficit et prenons des actions pour que cela ne dure pas trop longtemps», renchérit monsieur Durocher. Pour lui, le budget fédéral devrait être marqué à l'encre rouge pendant encore deux à trois ans.

Les économistes ne manquent pas de souligner que le gouvernement Harper s'est privé lui même d'une grosse marge de manœuvre en réduisant la TPS de 7% à 5%, laissant filer plus de 10 G$ de recettes par année. L'efficacité économique d'une telle mesure est d'ailleurs très contestée.

Dans le contexte actuel, il est clair que Monsieur Flaherty va refuser, jeudi, de trop s'engager.

Mesures concrètes?

Si certains espéraient des mesures concrètes pour tempérer le ralentissement qui secoue le pays, ils devraient rester sur leur faim.

«Je m'attends à ce qu'on laisse la porte ouverte à des actions ponctuelles et très ciblées qui pourraient intervenir au cours des prochaines semaines ou des prochains moins », pense monsieur Durocher.

À l'occasion du discours du Trône, cette semaine, le gouvernement a clairement affiché son intention de venir en aide aux secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale.

De plus, Sébastien Lavoie se demande si le ministre des Finances va évoquer la possibilité de restreindre les dépenses de l'administration et de quelle façon. «Tout le monde parle de stimulus fiscal, mais il faut regarder du côté des dépenses. Il y a place à de l'amélioration en terme d'efficacité à Ottawa», croit-il.

Par ailleurs, Jim Flaherty pourrait-il profiter de l'énoncé économique pour annoncer la vente de sociétés ou de propriétés de la Couronne, comme la tour du CN à Toronto, une idée qu'il a avancé au début du mois, afin de regarnir les coffres? Peu probable, à en croire, nos experts.

«Ce n'est pas le temps de vendre les actifs quand l'économie va mal. Leur valeur a diminué», juge Nicolas Marceau, professeur d'économie à l'UQAM.

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