Le mercredi 15 février 2012

Que devrait contenir un budget fédéral?: l'avis de nos experts

24 septembre 2008 | 04h00
Journal de Montréal 
 
Mathieu Bruckmüller

Alors que les partis politiques sont à divulguer leur plateforme électorale, nous avons demandé à des experts de livrer quelques mesures susceptibles d'encourager une économie canadienne soumise à de fortes turbulences.

D'entrée de jeu, Carlos Leitao estime qu'au regard de l'incertitude ambiante, il ne faut pas s'embarquer dans de grands changements. « Moins il y a de bouleversements, mieux c'est. On ne sait pas trop où l'économie s'en va. Le plan le plus crédible est le plus minimaliste», pense l'économiste en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Une sagesse qui prend tout son sens alors que Desjardins calcule que le fédéral pourrait tomber en déficit dès l’an prochain.

Rééquilibrage

Sans céder au mirage d'une baisse du fardeau fiscal, vu la faiblesse de la marge de manœuvre budgétaire, Carlos Leitao plaide pour un rééquilibrage de la structure de taxation. Il privilégie une hausse des impôts sur la consommation en contrepartie d’une diminution des impôts pour les particuliers: «Une telle mesure fait consensus chez les économistes, d’autant qu’elle est neutre au plan fiscal.».

Yves St-Maurice, économiste en chef adjoint au Mouvement Desjardins, abonde dans le même sens: «C'est bien plus efficace. Taxer les revenus n'incite pas à travailler et pénalise, par ricochet, notre productivité.»

Les deux spécialistes sont en faveur d’une augmentation de la TPS. De concert, ils dénoncent le coût exorbitant (plus de 10 G$) de sa diminution à 5% décrétée par le gouvernement sortant et surtout, son inefficacité. «Si Ottawa a besoin de revenus supplémentaires, c'est clairement l'avenue à privilégier», poursuit M. St-Maurice.

Carlos Leito ne se fait guère d'illusion. Vendre une hausse de la TPS auprès de la population en période électorale, à l'instar de la taxe sur le carbone des libéraux, c'est une mission ardue.

Chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, Philippe Hurteau plaide, quant à lui, pour une intervention directe auprès de l'industrie manufacturière: «C'est un pan entier de notre économie qui a été délaissé par les pouvoirs publics. Il y a un effort économique important à faire pour l'aider à se moderniser et permettre également aux personnes mises à pied de se reclasser ailleurs.»

Écart de productivité

Cette analyse fait écho aux inquiétudes de Yanick Desnoyers, l'économiste de la Financière Banque Nationale, sur l'écart de productivité qui s'agrandit considérablement depuis quatre trimestres avec nos voisins du sud. Pour y pallier, les entreprises doivent investir, mais en ces temps difficiles sur les marchés financiers, l'accès aux liquidités est très restreint.

« Il faudrait des mesures incitatives pour favoriser l'accès au capital, car de nombreuses entreprises ont des projets pour améliorer leur compétitivité. Problème : le robinet du crédit est fermé», souligne M. Desnoyers.

Pour lui, l’industrie du papier et des produits du bois devrait faire l'objet d'une très grande attention: «Il ne faudrait quand même pas qu'elle soit purgée juste à cause de l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis. Le marché américain va repartir. Cette industrie est rentable à long terme. Si on ne prend pas suffisamment de mesures à court terme, on pourrait la perdre.»

Dans ce contexte, il pense à l'octroi de prêts par le gouvernement, remboursables par les entreprises dès que le cycle américain reprendra de la vigueur. «Les contribuables canadiens ne sont pas obligés de faire les frais de ces mesures», conclut Yanick Desnoyers.

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