Le vendredi 10 février 2012

Qu'est-ce que les banques islamiques?

9 octobre 2007 | 06h18
ARGENT 
De leur côté, certaines institutions financières ont trouvé un moyen de répondre aux préoccupations de leurs clients musulmans. © Corbis

D'où viennent les banques islamiques

La finance islamique en brefe

Géraldine Martin

Le Journal de Montréal

Bien qu’Ottawa ne permette pas la création de banques islamiques au Canada, il est possible d’obtenir en toute légalité du financement qui respecte les principes du Coran.

À Montréal, la coopérative d’habitation Qurtuba a financé de cette manière l’achat d’une cinquantaine de maisons depuis 1991.

« Notre objectif est d’offrir de bonnes choses à notre communauté. Tout ce qu’on cherche, c’est de créer un système juste », a confié au Journal Moin Kermani, président de la petite coopérative.

Selon l’islam, faire de l’argent avec de l’argent (l’usure) est interdit. Verser des intérêts lorsque l’on contracte un prêt n’est donc pas permis.

Pas d’intérêts

Pour aider des musulmans à accéder à la propriété, Qurtuba a donc mis au point un système qui permet de financer l’achat d’une maison sans verser d’intérêts. La coopérative prête l’argent qui est remboursé sous la forme d’un loyer dont la valeur est déterminée en fonction du marché. Le système est basé sur le partage du risque. Par exemple, si la valeur de la maison diminue, la banque est moins remboursée.

« C’est une manière de faire indirectement ce qu’ils n’ont pas le droit de faire directement », résume Jean-René Milot, professeur au département de sciences des religions à l’Université du Québec à Montréal.

En tout cas, le système séduit de plus en plus de monde, affirme M. Kermani. « Au départ, on finançait une ou deux maisons par an. Depuis cinq ans, c’est plutôt neuf ou dix », précise le dirigeant.

Ces services aident certainement des musulmans qui se sentent coincés entre leur religion et le système bancaire, croit Lamine Foura, qui prépare une maîtrise en sciences des religions à l’Université de Montréal. « Je connais des gens qui n’achètent pas de maison car ils pensent que c’est interdit », dit-il.Mais ce n’est pas la majorité, précise-t-il. « La plupart des musulmans font des transactions dans les banques. Tout est une question d’interprétation. » Par exemple, M. Foura ne perçoit pas l’intérêt comme de l’usure. Il le voit comme un moyen de s’ajuster au coût de la vie, soit à l’inflation. C’est donc l’esprit tranquille qu’il a souscrit une hypothèque auprès d’une banque traditionnelle.

Dossier à l’étude à Ottawa

De leur côté, certaines institutions financières ont trouvé un moyen de répondre aux préoccupations de leurs clients musulmans.

C’est le cas au Mouvement Desjardins. On n’offre pas de produits islamiques, mais « une certaine souplesse », explique sa porte-parole Nathalie Genest.

« Les intérêts perçus sont versés sur un compte d’épargne, et la personne en dispose comme elle le veut. Elle peut, par exemple, les donner à une fondation », souligne-t-elle. Pour l’instant, le Canada ne permet pas la création de banques islamiques. Les choses pourraient toutefois changer. Depuis le mois de juin, un groupe de travail se penche sur la question, après que le Bureau du surintendant des institutions financières a reçu pour la première fois des demandes pour accréditer des banques islamiques.

Ces banques existent au Moyen-Orient, mais aussi dans des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne.

√ La communauté musulmane du Québec compte près de 100 000 membres.

gemartin@journalmtl.com

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