Le Canada sera dans le peloton de tête des producteurs
Michel Van de Walle
Le Journal de Montréal
Avec la forte croissance de la demande mondiale et le piétinement de la production dans les pays de l’OPEP, les sables bitumineux de l’Alberta contribueront à propulser le Canada dans le peloton de tête des producteurs mondiaux de pétrole au cours des prochaines années.
Une étude de Marchés mondiaux CIBC publiée hier rappelle en effet que dans plusieurs des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la production stagne, sinon décline. Le champ pétrolifère de Burgan, au Koweït, est déjà largement sur la pente descendante, alors que la production du gigantesque champ de Ghawar, en Arabie Saoudite, est sur le point de commencer à décroître.
Or, la consommation mondiale connaît une croissance rapide. Certains pays producteurs, comme le Mexique ou la Russie, font de plus face à une forte demande interne, résultant de leur rapide développement économique.
«Au cours des cinq dernières années, la demande pour le pétrole provenant des pays en développement a augmenté six fois plus vite que dans ceux des pays industrialisés de l’OCDE», écrivent les économistes Jeff Rubin et Peter Buchanan.
Le refuge albertain
Dans un contexte où la production conventionnelle de pétrole peine à combler les besoins, les sables bitumineux de l’Alberta deviendront «de plus en plus attrayants alors que les prix mondiaux du pétrole continueront d’atteindre de nouveaux sommets», soutient l’étude.
Actuellement, environ un million de barils par jour sont extraits des sables bitumineux. Selon la CIBC, la production devrait tripler au cours de la prochaine décennie. En 2020, on devrait en extraire plus de 4 millions de barils par jour.
À ce niveau, c’est davantage que les 3 millions de barils qui seront produits quotidiennement par le Mexique en 2008.
Les sables albertains sont d’autant plus attrayants que le Canada est l’un des rares pays où des étrangers peuvent investir sans contraintes.
«Dans la plupart des (autres) pays, ces temps-ci, il y a un consensus politique croissant à l’effet que le pétrole et le gaz devraient être contrôlés et exploités par l’État», signale Marchés mondiaux CIBC.
Pour exporter aux États-Unis
Les deux économistes rappellent que la consommation de pétrole au Canada a légèrement décliné en raison, entre autres, des préoccupations environnementales. «Pratiquement toute augmentation de la production des sables bitumineux ira à l’exportation, pour l’essentiel aux États-Unis.»
Marchés mondiaux CIBC convient que les procédés d’extraction du pétrole des sables bitumineux exigent une consommation élevée de gaz. Pour
produire un baril, on émet un dixième de tonne de carbone dans l’air. Mais, disent Rubin et Buchanan, même avec un prix (sous forme de taxe ou de coût du permis d’émission) qui serait de 40 $ US la tonne de carbone, cela n’ajouterait que 4 $ au coût de production de chaque baril.
«Dans un monde où le pétrole sera à 100 $ US le baril, c’est un bien petit prix à payer», concluent-ils.



