Le lundi 21 mai 2012

Materner ses affaires

24 novembre 2008 | 06h45
ARGENT 
 

Anne Marcotte*

En affaires, j'ai toujours eu cette fichue manie de materner. Je m'occupe de mes projets d'affaires comme on s'occupe d'un bébé. Comme si j'avais un cordon ombilical qui ne me séparait jamais de mon entreprise. Cela m'amène parfois à m'investir dans certaines solutions, mais aussi dans certains problèmes.

J'ai en tête toutes sortes d'exemples. Un m'a cependant particulièrement marquée. Notre compagnie de solutions technologiques venait de remporter un très gros mandat.

En fait, il s'agissait du plus important depuis notre fondation. Un contrat de 300000 dollars. Qu'est-ce qu'on était fiers! On comprenait très bien que cela venait de propulser notre jeune entreprise vers une nouvelle étape prometteuse. Mais il fallait se retrousser les manches bien comme il faut. Le défiétait de taille. L'échéancier était serré.

Nous avions confié le gouvernail du projet à l'un de nos directeurs associés. Il était de loin celui qui possédait les meilleures compétences pour le mener à bien. J'avais mis toute ma confiance en lui.

Au début, les choses allaient relativement bien.

Je sentais les bases du projet prendre for me. Vint cependant un moment où je sentis que quelque chose ne tournait pas rond.

Notre homme arrivait de plus en plus fatigué au bureau. Parfois, il affichait même une allure nettement défraîchie. Pour ne pas dire négligée. Les retards s'accumulaient.

Je savais qu'il venait de s'acheter une nouvelle maison. Je me disais qu'il en avait pas mal à gérer. Et que ça finirait par se replacer. Au bout de quelques semaines, le chat finit par sortir du sac.

"La semaine dernière, les tuyaux sanitaires du sous-sol ont pété et ça a fait un méchant dégât. On est au mois de novembre et il nous faut passer par l'escalier extérieur pour accéder à la douche.

"Ma blonde va bientôt accoucher. Pire, je ne trouve pas d'entre preneur en construction pour rénover le bloc qu'on vient d'acheter.

Alors je suis venu t'annoncer que je vais quitter l'entreprise d'ici deux semaines. Je vais faire les travaux de rénovation moimême!" me lança-t-il, l'air complètement amorphe.

Puis, il sortit de mon bureau sans même déplacer de l'air.

Je sentis alors une profonde angoisse m'envahir. Cauchemar. Sa décision était lourde de conséquences pour notre client et notre entreprise, car je n'avais aucun plan de rechange.

En fait, le projet reposait entièrement sur ses épaules. Par ma faute, d'ailleurs. Et je n'avais pas prévu de plan de rechange.

Cette nuit-là, je n'ai pas réussi à fermer l'oeil. Incapable de me faire à l'idée que tout allait basculer pour une histoire de rénovations. Puis, il me vint une idée. Le lendemain matin, je fis venir mon directeur associé dans mon bureau.

"Et si on achetait une maison? Tu pourrais l'habiter avec ta femme, prendre le temps de faire les rénovations tranquillement ou attendre de trouver un entrepreneur en construction. Qu'en dis-tu ?" lui demandais- je, toute fière de mon idée.

Six semaines plus tard, notre directeur avait emménagé dans la nouvelle propriété que nous avions achetée au nom de la compagnie. Il l'abandonna moins d'une année plus tard en me donnant un préavis de deux semaines. Cauchemar. On se retrouvait maintenant avec une maison vacante, que je dus finir par habiter afin d'augmenter nos chances de la vendre.

Ce que j'ai compris...

Je me suis longtemps demandé si ma façon de mater ner les af faires était à propos.

Mais, j'ai fini par abandonner cette réflexion. Car il est dans ma nature entrepreneuriale d'être ainsi.

Et je suis incapable de penser ou de gérer mes entreprises autrement.

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Femmes d'affaires, affaires de femmes, c'est une tribune pour vous ! Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos succès, vos inquiétudes, etc. Vos courriels sont nombreux et toujours intéressants.

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