Rencontre avec le descendant de Louis Vuitton
Anne Marcotte
Tout comme moi, il se trouvait là. À l'autre bout du monde, dans le corridor d'un chic hôtel de la ville de Dalian, en Chine. Il attirait l'attention et les regards de tout un chacun. Tout près de lui, il y avait des photographes et des mannequins, se préparant à défiler sur le podium.
Sans le quitter des yeux, et complètement subjuguée par la cohue, j'ai demandé à un collègue : «Mais qui est donc cet homme?» Réponse: Patrick Louis Vuitton.
Image de marque
Me voilà à quelques mètres d'un homme qui représente la cinquième génération de Louis Vuitton, le célèbre fondateur d'une maison de luxe.
Cet entrepreneur avait démarré son entreprise dans les années 1800 avec une seule idée en tête: «Ne pas se contenter d'emballer, mais faire en sorte que les emballages eux-mêmes deviennent des objets durables.» Certaines d'entre vous commencent à me connaître et voient déjà la suite: je n'allais sûrement pas me contenter de regarder la scène sans oser provoquer un contact.
Il s'agissait là d'une extraordinaire occasion d'affaires pour mon entreprise qui produisait des sites Internet.
Sans prendre le temps de dissimuler mon ter rible sac à main (loin d'être un LV), je me dirigeai rapidement vers lui. J'étais accompagnée de Michel, un avocat de Montréal. Nous faisions partie de la même mission commerciale.
Tout se déroula à la vitesse de l'éclair. En moins de deux, nous étions devant Patrick Louis Vuitton. Quelle prestance, quelle magie!
Et là, j'ai complètement figé. Totalement paralysé. Malgré l'effort, tout à coup, je ne me suis pas sentie à la hauteur. Je n'étais pas assez importante devant une telle image. Je n'ai même pas été capable de me présenter convenablement. C'est Michel qui s'est chargé de tout. La magie s'est vite envolée.
Comme bien des entrepreneurs...
Réaction normale, vous dites-vous. C'est aussi ce que je me suis dit. Jusqu'à ce que je lise un peu plus sur le personnage, et surtout sur son aïeul.
Louis Vuitton n'est pas arrivé en tête du palmarès des marques françaises du jour au lendemain. Avant d'être reconnu pour sa célèbre toile Monogram, le symbole même de la maison (motif de la fleur, du losange et de l'étoile), il y a d'abord eu un jeune garçon sans scolarité.
Effort et travail bien fait
Avant même que les initiales LV représentent autant de valeur pour la marque de commerce, il y a eu un fils de meunier qui, âgé de 14 ans et sans argent, avait décidé de fuir le nid familial. Direction Paris. Un artisan d'exception qui a plus tard été reconnu pour son penchant pour l'effort et l'amour du travail bien fait. Un entrepreneur créatif et visionnaire. C'est ce qui a d'abord fait sa marque. Et ce descendant, Patrick Louis Vuitton, en est le gardien.
C'est là que je me suis grondée en me disant que, tout compte fait, j'étais moi aussi une entrepreneuse qui avait envie de faire sa marque. Et que j'avais bien sottement laissé passer l'occasion de laisser une trace, une marque. Ma marque!
Morale de l'histoire?
Puis, le regret s'est estompé. Vrai, je n'aurais pas dû avoir peur de faire connaissance avec le descendant. Mais rien ne dit qu'il y aurait nécessairement eu un lendemain. L'histoire de l'ancêtre m'a par contre inspirée dans les mois et années qui ont suivi. Un penchant pour l'effort et l'amour du travail bien fait, un créatif, disait-on de l'homme. La marque à imiter pour tout vrai entrepreneur, quoi!
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