Les cicatrices des pas gentilles
Anne Marcotte
J'ai eu à rencontrer et à côtoyer plusieurs femmes tout au long de mon cheminement professionnel. Des gentilles et des moins gentilles. Certaines m'ont marquée positivement et sont devenues des modèles pour moi, chacune à sa façon. D'autres, peu nombreuses --heureusement! --,m'ont marquée au fer rouge et ont laissé des cicatrices.
Ne trouvez-vous pas qu'il peut être parfois plus difficile de faire affaire avec des femmes ? La question vient parfois (et est en fait revenue cette semaine en courriel, d'où le sujet de cette chronique...).
J'avoue qu'à mes débuts, j'imaginais que ce serait toujours plus facile de faire affaire avec des femmes.
J'ai vécu de belles expériences, particulièrement avec des femmes de carrière. Je pense à Line, la superviseure de mon tout premier emploi d'été à titre de secrétaire. D'un calme déconcertant et dotée d'un savoir-faire minutieux, elle prenait soin de me guider dans ma toute première expérience de travail de bureau.
Je pense aussi à Élizabeth. Cette charmante directrice qui accepta, malgré son horaire chargé, de me recevoir pour me laisser présenter la compagnie pour laquelle je travaillais. J'étais loin d'être expérimentée. Non seulement eut-elle la courtoisie et la patience de m'écouter, mais encore elle n'hésita pas à me faire confiance et à me donner une chance.
De moins belles expériences
J'ai aussi vécu de moins belles expériences. Dont une particulièrement pénible.
Je suis incapable d'oublier cette femme avec qui je devais entretenir un lien d'affaires. Toujours, elle nourrissait pleinement une relation de pouvoir avec moi. Elle était la cliente, et moi, j'étais le fournisseur. Sans relâche, elle me faisait comprendre que le client avait toujours raison. Et que je devais me gouverner en conséquence. Je réussissais à m'en sortir tant bien que mal. Un peu fleur bleue, je me répétais souvent que le fait que nous soyons femmes finirait par remettre les choses en perspective. Erreur.
Confirmation m'en fut donnée un jour lorsque nous participions toutes deux à une rencontre sur un dossier. J'étais enceinte jusqu'au cou et je sentais son jugement. Devant tout un groupe d'hommes, elle m'enligna soudain froidement et dit : Mais qu'est-ce que tu fais ici, à quelques jours d'accoucher? Franchement, tu n'es pas à ta place. Le malaise s'empara instantanément de tout le monde. Je fis semblant de ne rien entendre.
Une fois la réunion terminée, et rendue à ma voiture, j'allais éclater en sanglots, inconsolable. J'éprouvais aussi de la colère. Et dire que j'étais là pour tenter de régler des enjeux afin de lui offrir un meilleur service. Comment cela se pouvait-il ?
Morale de l'histoire
Cette mésaventure m'a sans doute infligé l'une de mes blessures les plus douloureuses. Assez curieusement, toutefois, après quelque temps, elle a aussi fait germer dans mon esprit cette réflexion : Et toi, Anne ? As-tu toujours été 100% correcte?
Non, pas à 100%, je l'avoue. J'ai quelques événements à l'esprit où des contextes et du stress ont pu m'amener à faire de mauvais choix de mots et des commentaires pas toujours agréables. Un peu comme nous toutes, sans doute (du moins, je l'espère!).
Je sais aujourd'hui que ce n'est pas plus facile de faire affaire avec une femme. Mais je sais surtout que lorsque la pression monte, je regarde mes cicatrices et j'essaie très fort de ne pas en faire cadeau à d'autres.
Une tribune pour vous
Je vous remercie de partager avec moi vos réflexions chaque semaine. Vos courriels sont nombreux et parfois surprenants. À la semaine prochaine.
anne.marcotte@vivemtia.ca


