P. Desmarais (fils) à la barre des témoins pour la 1ère fois
Power Corp. aurait floué des assurés, selon un avocat
LONDON, Ontario – Le milliardaire canadien Paul Desmarais (fils) a été appelé à la barre des témoins pour la première fois de sa vie, hier, afin de faire taire les soupçons qui pèsent contre lui dans l’affaire de l’acquisition de la London Life en 1997.
Dans un recours collectif de 220 millions $ en Cour supérieure, M. Desmarais est accusé de s’être approprié l’argent de 1,8 million de titulaires de police d’assurance illégalement afin de financer l’achat de la London Life par Great-West, Compagnie d’assurance-vie.
M. Desmarais est coprésident du conseil de Power Corp. du Canada, qui possède une participation majoritaire dans Great-West. S’adressant à la juge Johanne Morissette, il a parlé de sa préférence pour une approche conservatrice et décentralisée dans la gestion de ses entreprises.
Il a ajouté que les membres du comité exécutif de Great-West, dont il fait partie, se sont fiés aux conseils des dirigeants et des employés qui leur ont dit que c’était juste et légal d’utiliser l’argent des détenteurs de police dans cette acquisition. « Les actuaires nous ont dit que c’était juste et équitable. Personne n’a manifesté son inconfort. Vers qui dois-je me tourner, les actuaires? »
La famille Desmarais est demeurée relativement discrète au Canada en dépit de son empire financier qui s’étend à l’échelle internationale. Paul Desmarais a qualifié sa prise en charge de la London Life en 1997 d’acquisition clé en raison de sa force de vente et de sa division Financière Liberté 55, « une des meilleures marques du Canada ».
À l’époque, Great-West avait battu l’offre de la Banque Royale en payant 2,95 milliards $ pour London Life. Dans le cadre de cette transaction, 220 millions $ dans un compte pour les détenteurs de police d’assurance – 180 millions $ de la London Life et 40 millions $ de Great-West – ont été transférés dans les comptes des actionnaires.
Bill Rudd, un ancien actuaire en chef de la London Life qui a été à l’avant-garde du recours collectif, indique que ces transactions étaient illégales et que la Great-West n’aurait pas dû tirer profit de l’argent des détenteurs de police. Lors de son témoignage, M. Desmarais a affirmé que les transactions en question ont été approuvées par des vérificateurs externes ainsi que par le Bureau du surintendant des institutions financières Canada.
Il a également nié avoir fait pression sur les autres membres du comité exécutif afin qu’ils approuvent l’utilisation des fonds en litige – et idem pour son père. « [Mon père] n’a jamais été du genre à intimider les autres. Ce n’est pas dans sa nature. »
De plus, le président de Great-West, Ray McFeetors, lui avait expliqué que cette alliance des deux entreprises créerait des « synergies » considérables. L’acquisition avait été accompagnée d’une vague de congédiements suite à la fusion de leurs départements respectifs.
Les détenteurs de police d’assurance et les actionnaires auraient profité de cette fusion grâce à des économies de coûts et c’est pourquoi Paul Desmarias juge raisonnable de s’être servi de leur argent dans cette transaction. « Ils en auraient bénéficié donc ils devraient contribuer. »
M. Desmarais a passé la majeure partie de son témoignage à expliquer pourquoi il croit aux stratégies d’investissement conservatrices à long terme. Selon lui, la situation financière actuelle de Great-West et de London Life en cette période de récession prouve que ses stratégies portent fruits.
On s’attend à ce que le procès, qui a débuté tard en septembre, dure 10 semaines. Lire également l'article sur le début du procès.
Portrait
Paul Desmarais (fils)
– Coprésident du conseil de Power Corporation du Canada, avec son frère André (le gendre de l’ex-premier ministre Jean Chrétien).
– Né à Sudbury en 1954, il a obtenu son baccalauréat en commerce à l’Université McGill et sa maîtrise en administration à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD).
– Membre de plus de 20 conseils d’administration, incluant celui de la Great-West, Compagnie d’assurance-vie.
– Officier de l’Ordre du Canada, fiduciaire de la Brookings Institution et membre du Conseil consultatif fédéral sur l’économie.
– Paul Desmarais (père), âgé de 82 ans, a débuté sa carrière en achetant une compagnie d’autobus de Sudbury qui vaut désormais 4,1 milliards $. Il est le huitième plus riche Canadien au monde.



