Air Canada généreuse avec les voyages de son CA
Argent
Voyager à Maui ou à Barcelone ne coûte pas cher pour les membres du conseil d’administration d’Air Canada (AC.B) ou leur famille. Argent a appris que ces administrateurs profitent de billets gratuits dans les liaisons couvertes par la compagnie aérienne et bien souvent en première classe.
Selon une source digne de foi, les administrateurs peuvent profiter de cette gratuité dès leur nomination à Air Canada. Le conjoint et les enfants peuvent aussi voyager sans payer un rond sur les ailes de l’entreprise. Ce bonbon disparaît toutefois au départ de l’administrateur du conseil.
Air Canada refuse toutefois de détailler l’entente qui a été prise avec ses administrateurs. On réfère à la circulaire de l’entreprise où il est écrit que «les administrateurs bénéficient de facilités de transport conformément aux pratiques du secteur aérien».
«On ne peut pas donner une information sélective. Ce qui est dans la circulaire est l’information que l’on peut divulguer», estime le porte-parole John Reber.
Toutefois, il est difficile d’y voir plus clair lorsque l’on consulte la dite circulaire. Pour l’année 2008, il est impossible de connaître le montant payé pour ces «facilités de transport» pour les 12 administrateurs. Dans la case «autre rémunération» où ces avantages offerts au conseil devraient se retrouver, il est écrit «néant» ce qui suggère qu’il n’y en a pas.
Air Canada ne veut pas non plus donner les montants qui ont pu être déboursés pour ces billets. La rémunération de base des membres du conseil atteint au pire 93 500 $ et peut même aller jusqu’à 325 000 $ pour un des administrateurs.
Pratiques qui entrent en conflit avec la bonne gouvernance
Ces pratiques entrent en conflit «avec la bonne gouvernance» des entreprises publiques, constate Michel Nadeau, directeur général de l’Institut de la gouvernance.
«Tout d’abord, ce qui étonne c’est l’ampleur de l’avantage. Si un administrateur voyage en première classe avec sa femme et ses enfants à Paris, cela peut coûter jusqu’à 20 000 $. Donc la rémunération que l’on donne aux administrateurs doit être transparente et divulguée», indique-t-il.
Selon lui, il s’agit d’une information qui devrait être divulguée aux actionnaires car elle peut impliquer des montants substantiels.
Un autre problème se pose aussi avec ce type de rémunération car elle empêche les administrateurs de voter totalement librement – en vue de ne pas déplaire à la direction - alors qu’ils peuvent vouloir conserver ces avantages bien agréables. «À prime abord, il s’agit d’une pratique qui réduit l’indépendance de jugement du conseil», constate M. Nadeau.
L’argument servi par Air Canada à l’effet que toutes les compagnies aériennes mettent de l’avant de telles pratiques ne tient pas selon lui. «Ce n’est pas parce que d’autres le font qu’il s’agit d’une bonne pratique», constate-t-il.
Position financière difficile
Certains membres du conseil d’administration notamment le Français Bernard Attali et le Québécois Jean-Marc Huot n’ont pas retourné les appels d’Argent.
Les conditions chez Air Canada semblent beaucoup plus intéressantes que chez ses concurrentes canadiennes. Chez Air Transat, on nous réfère également à la circulaire. Il est écrit dans celle-ci que les administrateurs «jouissent de privilèges de transport en vertu de la même politique qui s’applique à tous les employés de Transat».
Un autre transporteur West Jet a indiqué à Argent que les administrateurs profitent de rabais sur les billets d'avion «semblables à ceux offerts aux employés».
La compagnie torontoise Porter n’est pas inscrite en Bourse. Il a donc été impossible d’en connaître davantage sur les pratiques de la compagnie torontoise. West Jet n’a pas rappelé Argent.
Ces révélations surviennent à un bien mauvais moment pour Air Canada. Le déficit actuariel de son régime de retraite a plus que doublé depuis 2007 et pointe à environ 3 milliards $.
Pour sa dernière année financière, Air Canada a déclaré une perte nette de 1,3 milliard $. La compagnie aérienne va dévoiler ses résultats trimestriels vendredi prochain.


