Le jeudi 23 février 2012

Affaires

Il faut s'attendre à d'autres White Birch en 2012

16 janvier 2012 | 06h56
ARGENT  
De grandes entreprises qui étaient jadis des fleurons du Québec industriel pourraient mettre la clé sous la porte en 2012, ce qui remet directement en cause le régime de retraite de leurs salariés.
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Jean-François Cloutier
Agence QMI

De grandes entreprises qui étaient jadis des fleurons du Québec industriel pourraient mettre la clé sous la porte en 2012, ce qui remet directement en cause le régime de retraite de leurs salariés.

Le représentant des retraités de l’entreprise, Gilles Bédard. (Photo: Agence QMI)

À Thetford Mines, les salariés de Lab Chrysotile ont par exemple appris au début du mois la faillite de leur entreprise tandis que les travailleurs de la papetière White Birch, une institution à Québec depuis 1927 sont contraint d'accepter des conditions de retraite très inférieures à ce qui était prévu ou se résigner à la faillite de leur entreprise.

Selon Michel St-Germain, conseiller chez Mercer, tous les retraités et futurs retraités des secteurs « mous » de l'économie québécoise qui jouissent de régimes à prestations déterminées ont raison de s'inquiéter de l'état de leur caisse de retraite.

Il pointe notamment du doigt les secteurs des pâtes et papiers, de l'amiante, mais aussi le manufacturier qui pourrait bien être la prochaine grande victime de la mutation de l'économie québécoise.

« Ce qu'on voit, c'est un déplacement de l'activité manufacturière très prononcé des pays développés vers les pays en développement », explique M. St-Germain.

Entre 2004 et 2008, le secteur manufacturier québécois a perdu 13,8 % de ses emplois et la crise économique n'a fait qu'accentuer cette tendance, selon Carlos Leitao, économiste à la Banque Laurentienne.

Il ne se passe guère une semaine sans qu'une usine n'annonce qu'elle ferme ses portes. Or, « des faillites, il va y en avoir d'autres », selon M. St-Germain.

D'après une étude de la firme Aon Hewitt, les régimes de retraite à prestations déterminées affichent un ratio de solvabilité de 68 % au Canada, comparativement à 83 % il y a tout juste un an. C'est dire, selon Claude Lockhead, vice-président principal chez Aon Hewitt, que si une entreprise dépose son bilan aujourd'hui, ses travailleurs risquent de ne pouvoir récupérer que 68 cents dans chaque dollar auquel ils devaient normalement avoir droit à la retraite. Dans le cas de White Birch, les employés pourraient subir une diminution de leurs prestations de retraite de 40 % avec le plan de relance, selon le représentant des retraités de l'entreprise, Gilles Bédard.

Le régime de retraite est déficitaire à hauteur de 230 millions $. Ironiquement, employés et employeurs ont toujours cotisé la part due jusqu'en 2010, a reconnu M. Bédard.

Tempête parfaite

M. St-Germain souligne qu'on assiste à une sorte de tempête parfaite, un « cygne noir » que les hypothèses actuarielles n'avaient pas prévu.

Il signale que les dix dernières années ont été désastreuses pour les investisseurs. La bourse américaine a fait du surplace depuis un sommet atteint pendant la bulle techno. Les taux d'intérêt sont aussi tombés à un niveau plancher, un phénomène qui s'avère catastrophique pour la santé des caisses de retraite.

D'autre part, le nombre de retraités a tendance à bondir avec le départ à la retraite des baby-boomers, ce qui accentue les décaissements au pire moment.

C'est la combinaison d'une activité économique en déclin et d'un régime de retraite généreux, mais déficitaire qui devrait inquiéter les travailleurs.

« La tendance que l'on voit, c'est des emplois syndiqués offrant un régime à prestations déterminées se faire remplacer dans d'autres secteurs par des emplois non syndiqués, n'offrant pas de régime de retraite », souligne Michel St-Germain.

L'effondrement des régimes de retraite n'est pas anodin. Selon Frédéric Hanin, professeur de relations industrielles à l'Université Laval, un bon plan de retraite peut représenter jusqu'à 20 % de la rémunération d'un employé.

Réduction des avantages

Même dans les secteurs où les profits sont au rendez-vous, les employeurs sont forcés de renflouer à grands frais leur régime de retraite ou de changer leurs conditions.

La Banque Royale, la plus grande banque au Canada, a carrément fermé le régime à prestations déterminées à ses nouveaux employés cet automne. Bell a dû ajouter en contribution spéciale la somme colossale de 750 millions $ à sa caisse de retraite en décembre.

À terme, les régimes à prestations déterminées risquent de devenir une particularité du secteur public, et ce sont les employés du secteur privé qui devront en payer les coûts imprévus, a indiqué M. Hanin.

Alors que les déficits des régimes de retraite à prestations déterminées se creusent, le gouvernement du Québec a annoncé la prolongation jusqu'à la fin 2013 des mesures d'assouplissement temporaires introduites en 2009. Des experts soulignent toutefois que cet assouplissement ne changera rien sur le fond de la question.

***

« On se sent volés » L'effondrement des régimes de retraite pourrait avoir des conséquences dramatiques pour des retraités aux finances précaires. C'est ce qu'affirme Gilles Bédard, représentant des retraités de la White Birch.

- Parlez-nous du climat chez les retraités de l'usine… Gilles Bédard : La minute est critique. On ne sait pas ce qui va arriver. Je peux vous dire que le téléphone sonne souvent au comité de retraite.

- Vous craignez des tragédies pour certains retraités ?

Absolument. On a des retraités qui sont partis il y a 20 ans et qui ont une rente de 10 000 $ de l'entreprise. Si cette rente passe à 6000 $ tout d'un coup, ce sera très difficile pour eux d'y arriver. Ce sont des gens qui ont 80 ou 90 ans et qui dépendent du gouvernement pour le reste de leurs revenus. On a vu des suicides et des dépressions découler de ce genre de situation.

- Quel est le sentiment général chez les retraités?

On se sent trahis, volés. En 1987, on avait accepté de très faibles augmentations de salaire en retour d'une bonification du régime de retraite. On a versé une bonne part de nos salaires dans ces régimes, à la suite d'ententes de bonne foi avec l'employeur.

- Qui cotisait le plus entre l'employé et l'employeur?

Traditionnellement, la cotisation était répartie à 50-50 entre les deux. Mais dans les dernières années, c'est l'employeur qui a le plus cotisé, à cause des rendements très faibles des marchés.

- Que vous inspirent les derniers développements? Quand je suis entré à la papetière en 1963, le régime de retraite n'était pas très avantageux. C'est au début des années 1980 que ça a commencé à changer. Aujourd'hui, on veut nous enlever tous ces acquis.

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