Le jeudi 23 février 2012

Affaires

Entreprises privées : les CA toujours dominés par les hommes

13 janvier 2012 | 17h28
ARGENT  
Les femmes sont encore largement absentes du cénacle du pouvoir dans les grandes sociétés privées. Le nombre de femmes aux conseils d'administration ne dépasse pas 15 %.

Gérard Samet
Agence QMI

Les femmes sont largement absentes du cénacle du pouvoir dans les grandes firmes privées puisqu'elles ne représentent que 15 % des conseils d'administration (CA). Québec veut que cela change, mais les résistances sont tenaces.

 Photo : Reuters

Dans les conseils d'administration des sociétés d'État québécoises, par contre, les femmes ont dépassé le seuil des 50 % depuis qu'une loi de 2006 a rendu la parité obligatoire. « Dans les sociétés d'État, la moitié des membres des conseils d'administration est composée de femmes et cela fonctionne bien », a dit Michel Nadeau, le directeur de l'Institut québécois sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP).

Dans le privé, le constat est tout autre. Sur cinq nouveaux membres nommés en 2010 dans les conseils d'administration, on ne comptait qu'une femme. M. Nadeau ne croit pas aux vertus de la loi pour changer les pratiques du secteur privé québécois. « Prenons le temps de bien faire les choses, il n'y a que peu de départs chaque année dans les conseils des grandes sociétés privées au Québec ». Il estime qu'il faut être incitatif et prendre l'opinion publique à témoin pour être efficace.

Une telle démarche volontariste et non contraignante est l'objectif proclamé par la nouvelle Table des partenaires influents créée par le gouvernement Charest, composé de fortes personnalités, comme sa vice-présidente, l'ancienne ministre Monique Jérôme-Forget. Ce groupe de travail entend sensibiliser des dirigeants d'entreprises sur le sujet.

« La diversification des opinions que connaissent les conseils d'administration des sociétés d'État, grâce à la présence des femmes, est un enrichissement », estime Ruth Vachon, présidente et chef de la direction du Réseau des femmes d'affaires du Québec. Les décisions sont plus équilibrées et personne ne s'en plaint. »

Au Royaume-Uni l'an dernier, un groupe de travail a été créé à la suite de la publication du rapport « Women on Board » qui privilégie l'incitation. L'objectif d'atteindre en cinq ans un pourcentage de 25 % de femmes reste toutefois modeste.

D'autres pays européens ont choisi la contrainte législative comparable à la loi québécoise de 2006 sur la parité dans les sociétés d'État. La Norvège compte ainsi plus de 40 % de femmes dans ses conseils d'administration, la Belgique et les Pays-Bas auraient l'intention de lui emboîter le pas. La France vient de faire voter une loi contraignante avec un objectif de 40 % en 2017.

Faut-il contraindre?

Les femmes peuvent-elles se passer de mesures contraignantes et se limiter aux incitatifs? « C'est difficile, a dit Ruth Vachon. Elles sont victimes du manque d'ouverture des hommes qui hésitent à proposer leurs candidatures. Par ailleurs, les femmes hésitent souvent à foncer pour s'imposer. »

Selon Catalyst, une OSBL consacrée à l'avancement des femmes dans les affaires, « un parrainage proactif est primordial pour accélérer l'avancement des femmes ». Michel Nadeau croit que « les femmes doivent se former et ne pas avoir peur de se faire connaître ».

Sans action forte, le nombre de femmes ne va pas augmenter dans les conseils. M. Nadeau tire la sonnette d'alarme. Sans volontarisme, « le pourcentage de femmes aux conseils passera en dix ans de 14,4 % à 18,8 %, un résultat inacceptable ». Il faudra probablement une loi si rien ne bouge au Québec, d'ici deux ans, a conclu Ruth Vachon.

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