Affaires
La magie des petits prêts
Martine Turenne
Argent
« Là où certains voient des risques, nous on voit un potentiel », dit Roselyne Mavungu, présidente du Réseau québécois de crédit communautaire (RQCC).
Depuis onze ans, le Réseau a octroyé 1500 prêts totalisant 9 M$ à des gens qui autrement, n'auraient jamais eu accès à du financement pour lancer une entreprise.
Et les résultats sont probants : les taux de survie des entreprises aidées par le RDCC est de 77 % après cinq ans. C'est énorme, quand on considère que ce taux n'est que de 35 % pour l'ensemble des entreprises au Québec. Et le taux de remboursement des prêts est à l'avenant : 93 %.
« La recette de ce succès, dit Mme Mavungu : l'accompagnement. »
Une clientèle en marge des réseaux traditionnels
La clientèle qui aboutit dans l'un des 23 organismes regroupés dans le RDCC est majoritairement féminine (55 %). Près du tiers (27 %) sont issus des communautés culturelles et 75 % gagnent moins de 20 000$ par année.
Tous ont un point commun : ils n'ont pu convaincre les banques et autres CLD de ce monde de leur prêter l'argent nécessairement pour démarrer leur entreprise. Une démarche obligatoire pour pouvoir obtenir un prêt dans le Réseau. « Ils passent entre les mailles du filet », dit Mme Mavungu.
« Ils ne peuvent emprunter parce qu'ils ne peuvent pas faire de mises de fonds, n'ont pas d'histoires de crédit ou encore, ne peuvent offrir de garanties », dit Anne Kettenbeil, directrice générale du Fonds communautaire d'emprunt de Montréal (ACEM), l'un des organismes membres du RQCC. Ce Fonds est le premier du genre à avoir vu le jour au pays, il y a 21 ans. Ici, 64 % de la clientèle est immigrante, dit Mme Kettenbeil.
L'accompagnement, le nerf de la guerre
Environ 40 % des projets présentés dans le Réseau se qualifient pour un prêt. Ils proviennent de toutes les sphères de l'économie, même si les services comptent pour plus de la moitié d'entre eux.
Le premier critère est leur viabilité, dit Roselyne Mavungo.
Par la suite, tout est affaire d'accompagnement. «C'est la grande force du crédit communautaire, dit Mme Mavungu, notamment dans la phase de développement et de remboursement du prêt.» Le RQCC compte sur des équipes de bénévoles qui soutiennent les nouveaux entrepreneurs dans le développement de leur projet.
Anne Kettenbeil met beaucoup l'accent sur la production d'une étude de marché, « souvent le maillon faible des entreprises en démarrage », dit-elle.
L'argent de la communauté
Le RDCC compte sur une capitalisation de 5M$. L'argent provient de fondations, de particuliers, d'institutions religieuses. « Ce sont des prêts de la communauté à la communauté », dit Roselyne Mavungo.
Le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation prend en charge les opérations et les ressources humaines.
Chaque prêt crée entre deux et trois emplois.
Si l'économie sociale est très en vogue par les temps qui courent, ça fait longtemps que le crédit communautaire le pratique, note Anne Kettenbeil. « On a été des innovateurs dans ce domaine, dit-elle. Depuis, la société nous a rattrapés. »



