Le mercredi 16 mai 2012

Proscrire l’utilisation du PIB pour mesurer la prospérité

31 août 2011 | 11h04
Mise à jour: 31 août 2011 | 16h26
 
Caroline Pailliez
Argent

L’utilisation du PIB pour mesurer la prospérité d’un pays est à bannir, estime L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

«Nous pourrions paraître très prospères selon le PIB en vendant toutes les ressources minières du Québec, mais nous serions incapables de voir que nous nous sommes considérablement appauvris pour les années à venir », affirme Philippe Hurteau, chercheur de l’IRIS.  (Photo: Reuters)

L’institut invite vivement les lecteurs à se montrer critiques vis-à-vis de certaines études, comme le Bulletin de la prospérité 2011 du Conseil du patronat du Québec, publié lundi, qui attribue la piètre note C au Québec en ce qui concerne son PIB par habitant.

« Depuis plus de dix ans, tous le monde s’entend pour dire que le PIB ne mesure pas adéquatement la prospérité. (…). Prenons un exemple : la situation des inégalités de revenu n’est aucunement prise en compte par cet indice, et ne l’est pas non plus par le Bulletin de la prospérité 2011. La croissance du PIB peut dès lors ne bénéficier qu’à une minorité d’individus et laisser stagner les autres », explique Renaud Gignac, auteur de la brochure Mesurer le progrès social : vers des alternatives au PIB, de l’IRIS.

« Il s’agit d’un indicateur de flux et non d’un indicateur de stock. Cela signifie, par exemple, qu’il mesure ce qu’on extrait comme ressources minières sans tenir compte de ce qu’il nous reste. Nous pourrions paraître très prospères selon le PIB en vendant toutes les ressources minières du Québec, mais nous serions incapables de voir que nous nous sommes considérablement appauvris pour les années à venir », ajoute Philippe Hurteau, chercheur de l’IRIS.

Depuis une vingtaine d’années, les économistes mettent au point de nouveaux indices pour mieux refléter la qualité de vie d’un pays. Ainsi, l’indice de développement humain (IDH), tient compte, en plus du PIB par habitant, de la santé et de l’éducation. Si des pays de la péninsule arabique, comme le Qatar, les Émirats Arabes Unis et le Koweït, occupent le devant de la scène en termes de PIB par habitant, ils laissent rapidement leur place en ce qui concerne l’IDH.

Réaction du CPQ

Dans un communiqué, le Conseil du patronat défend ses méthodes de calcul et juge que « l'IRIS fait preuve de mauvaise foi en se servant de la publication du Bulletin pour mousser la visibilité de sa propre étude, nuisant ainsi à sa crédibilité. »

Bien qu’il reconnaisse que la mesure du PIB par habitant ne soit pas la plus adéquate pour représenter toutes les facettes de la réalité économique d’un pays, le Conseil du patronat estime que la mesure a encore un rôle à jouer.

« Comme il est calculé de façon standard à l’échelle mondiale, il permet de comparer entre eux l’ensemble des pays et des provinces en se basant sur des critères semblables, écrit le Conseil dans un communiqué. À défaut de pouvoir recourir à un meilleur indicateur, il constitue un outil essentiel pour dresser un état de la situation économique du Québec ».

L’OCDE a annoncé ce printemps l’arrivée d’un nouvel indice, appelé Vivre mieux, qui permet de dépasser les tares de cet indicateur. Il regroupe entre autre, l’accès au logement, le revenu, l’éducation, la santé ou la satisfaction face à la vie.

Le Québec, cependant, participe difficilement à l’élaboration de nouveaux indices qui permettrait de fournir une image plus fidèle du progrès social, déplore le centre de recherche.

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