Le recyclage au Québec made in China
Recyclage: «ce sont nos matières premières»
Dany Doucet
Le Journal de Montréal
Nu-pieds parmi des éclats de verre, de métal, et même de déchets organiques, des ouvriers chinois recyclent, dans des conditions qui sont inimaginables ici, une grande partie de ce que les Québécois placent dans leur bac bleu avec la conviction de poser un bon geste pour l'environnement.
En fait, les Chinois trient pour une seconde fois, chez eux, à des coûts minimes, les ballots de matière récupérée et triée qu'ils achètent en grande quantité au Québec, comme partout en Amérique du Nord.
C'est là tout le problème du système de collecte sélective, de récupération et de recyclage en vigueur au Québec, selon plusieurs recycleurs interviewés par Le Journal de Montréal au cours des dernières semaines : les Chinois ne se soucient guère de la qualité, ils achètent.
La Chine a tellement besoin de matière première qu'elle achète, en effet, une bonne partie de ce qui sort des 36 centres de tri du Québec, peu importe la qualité.
Ceux-ci peuvent se le permettre, car après un long voyage en bateau, les ballots seront déballés et triés une seconde fois chez eux par des ouvriers qui ne gagnent guère plus que 700 $ par année.
«On ne peut pas concurrencer avec ça. Nous, ça nous prend de la qualité à la sortie du centre de tri», explique Pascal Aguettaz, vice-président des approvisionnements en fibre chez Cascades.
Problème de qualité
M. Aguettaz sait de quoi il parle, Cascades est le plus important consommateur de fibre recyclée au Canada, le troisième en Amérique du Nord et le huitième au monde.
M. Aguettaz soutient qu'il aimerait bien pouvoir s'approvisionner davantage au Québec.
«Il y a ici des centres de tri qui produisent de l'excellente qualité, dit-il, dans ce cas, nous sommes heureux de nous y approvisionner. Mais ce n'est pas vrai pour tous les centres du Québec.»
Les centres de tri n'ont pas de normes de qualité obligatoires à respecter au Québec. La qualité varie d'un endroit à l'autre.
Et la présence d'acheteurs chinois n'incite certainement pas à plus de qualité, car tout ce qui est récupéré et trié ici sera exporté de toute façon... et vendu plus cher que sur le marché local.
Les recycleurs de plastique se plaignent du même phénomène. Certains affirment rejeter jusqu'à 25 % de tout le plastique récupéré qu'ils achètent ici, tellement la qualité du tri laisse à désirer.
Visite en Chine
M. Aguettaz est allé en Chine visiter des usines de tri et de recyclage, ainsi que des papetières qui font maintenant concurrence à Cascades.
«Dans un endroit, j'ai vu huit employés qui habitaient une cabane de tôle de douze pieds par vingt, au beau milieu du centre de tri. C'était leur résidence avec leur cuisine, leurs lits...»
Ces ouvriers triaient des matières récupérées dans différents pays.
«Nous, on a des employés qu'on paie le mieux possible, qu'on habille, à qui on paie des assurances, un fonds de pension, la CSST, etc. On ne peut pas concurrencer avec les Chinois.»



