Le vendredi 10 février 2012

L’Eldorado du gaz de schiste sous nos pieds

3 septembre 2010 | 18h27
 

Gérard Samet
Argent

On ne parle que du gaz de schiste depuis plusieurs jours. Le sujet de l’heure est sur toutes les tribunes. Longtemps simple sujet de recherche, cette ressource énergétique, dont l’utilisation n’émet que peu de gaz à effet de serre en comparaison du pétrole, est en train de prendre le premier rang des ressources énergétiques alternatives.

 Photo: Reuters

Mais d’où vient cette urgence d’exploiter cette ressource riche au Québec?

Plusieurs personnes contactées ont indiqué qu’il y a plusieurs facteurs pour cet engouement : le marché de l’énergie reprend, les sources énergétiques moins polluantes sont recherchées, les technologies d’exploration sont de plus en plus efficaces tout en coûtant moins cher. Le potentiel en gaz de schiste devient une richesse exploitable, ce qui n’a pas toujours été le cas. Le gaz représente une économie de plus de 60 % par rapport au pétrole pour une énergie équivalente. Il dégage 30 % de moins d’émissions de gaz à effet de serre (GES) que les dérivés du pétrole.

Le champ gazier d’Utica

Entre la Rive-Sud du Saint-Laurent, dans la région montréalaise, et la ville d’Utica, dans l’État de New York, s’étend le Parc des Adirondacks et les basses terres du Saint-Laurent, une zone surtout connue par les amoureux de plein air. C’est là que l’on a découvert il y a trois ans une réserve de gaz de schiste.

Elle s’avère aujourd’hui prometteuse pour l’économie québécoise. Le gaz de schiste a été ignoré pendant des années en raison de ses caractéristiques difficilement exploitables, étant extrait de la roche dure. Le gaz naturel que l’on connaissait depuis des décennies, issu de la pierre molle, est en train de s’épuiser.

Les nouvelles techniques de recherche ont permis de trouver de nouveaux gisements de gaz. Des techniques d’extraction beaucoup moins couteuses et une légère hausse des prix du marché permettent aujourd’hui de valoriser cette richesse souterraine qui nécessite de briser la roche pour pouvoir en faire sortir le gaz. « Il y a 10 ans, les prévisions en matière d’exploitation de gaz naturel étaient que l’on était proche de l’épuisement », explique Alain Liard, directeur de l’Ordre des géologues du Québec.

« Depuis quelques années, les techniques d’exploration se sont bonifiées. Il y a des chantiers qui apparaissent en de nombreux endroits et ils ne sont pas toujours dans l’œil du public, ce qui expliquerait pourquoi l’exploration du gaz de schiste est soudainement entrée dans le débat public. Les sources de gaz naturel sont limitées, les nouvelles technologies plus couteuses, mais la marchandise est là », constate monsieur Liard, pour justifier le soudain intérêt pour le gaz de schiste.

Une zone de prospection québécoise à grande échelle

Une cinquantaine de puits ont été percés par une dizaine de compagnies afin de tester les capacités de production de la zone d’Utica, côté Québec. Pour explorer les gisements, toutes ces entreprises ont obtenu un permis d’exploration du Ministère des Ressources naturelles et de la faune, en échange d’une redevance fixe annuelle de 5 cents l’hectare et d’un engagement de travaux qui atteint 2,50 $ l’hectare après cinq ans de recherche. Un accord doit aussi être négocié de gré à gré avec le propriétaire en surface du terrain d’exploration.

« Les gisements sont situés à 2 km de profondeur, intégrés dans une roche dure de 250 m d'épaisseur », précise Raymond Savoie, président de la société québécoise Gastem, spécialisée en exploration gazière. « Il n’y a pas tant de recherche que cela, puisque l’investissement est tout de même élevé, de l’ordre de 10 millions de $ par puits. L’exploitation commerciale pourrait ne pas commencer avant cinq ans, ce qui nécessite d’être soutenu par les actionnaires », remarque-t-il.

Une nouvelle loi va baliser le secteur

Un nouveau projet de loi sur les hydrocarbures est en préparation, ce qui explique la création de l’Association pétrolière et gazière du Québec, coprésidée par André Caillé. Ce groupement est destiné à défendre l’industrie alors que la future loi va baliser le secteur. Le secteur pétrolier et gazier relève actuellement de la Loi sur les mines, qui ne répond pas à ses besoins.

« La future loi va réglementer l’accès aux terres agricoles et l’utilisation de l’eau dans les puits de gaz», estime Alain Liard. La visibilité des zones de recherche, les pressions du marché et le débat sur la nouvelle loi constituent un cocktail explosif. « Nous avons ressenti la nécessité d’expliquer les enjeux à l’opinion publique », se justifie Stéphane Dion, de chez National, chargé de la communication de la nouvelle Association pétrolière et gazière du Québec. Le débat ne fait que débuter.

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