Le vendredi 10 février 2012

Des solutions pour un Québec trop confortable

23 août 2010 | 07h08
 

Michel Munger
Argent

Le Conseil du patronat a jeté un pavé dans la marre cette semaine en publiant son premier Bulletin de la prospérité. Ce bulletin attribue des notes de C et D à la province pour plusieurs enjeux clés qui l'affectent à titre d'environnement d'affaires.

 (Photo: Agence QMI)

Yves-Thomas Dorval, président de l'organisme représentant 80% des employeurs, s'est entretenu avec Argent à propos de ces défis.

Le premier, à son avis, c'est peut-être de lancer des réformes malgré une culture d'interventionnisme gouvernemental. M. Dorval souhaite renouer avec un esprit dynamique qui s'est évaporé.

«Nous nous sommes donné, après la révolution tranquille, une meilleure qualité de vie, explique le président. Nous avons pris notre économie en main. Nous sommes devenus les champions de l'amélioration des conditions de travail pour les femmes. Mais nous avons tendance à être confortables. Nous nous assoyons et nous arrêtons de bouger. Les autres juridictions continuent d'aller de l'avant. Quand elles nous dépassent, ça réduit notre qualité de vie.»

«Si vous allez en Asie, ajoute-t-il, vous voyez la même chose que l'on vivait ici dans les années 1970. Quand on va en Chine, on dit: mon dieu que le Québec a vieilli !»

Ce qui le chicote tant, c'est que le déclin démographique québécois réduira le nombre de contribuables pour soutenir nos programmes sociaux, à moins d'effectuer des gains de productivité. Voici les solutions qu'il suggère.

Six questions à Yves-Thomas Dorval

Question: L'impôt des sociétés n'est pas le plus élevé au Québec, mais vous critiquez les autres charges sociales qui servent à financer les programmes. Comment faut-il réagir ?

Réponse:: «Prenez l'assurance parentale, qui est une bonne politique parce que nous avons un problème de natalité. Comme pour toutes les bonnes politiques, nous sommes plus généreux que nos voisins. Nous voulions un régime plus généreux. Nous n'avons pas besoin d'être plus généreux qu'ailleurs. Il faut pouvoir le financer sans augmenter les tarifs. L'indice du coût de la vie augmente de 1 à 2% par année mais le coût de l'assurance parentale monte de 5 à 8%. Ça n'a pas d'allure car les employeurs paient 60% de la facture.»

Question: Vous réclamez une concurrence non syndiquée en construction pour faire baisser les coûts des entreprises. Vous espérez aussi que l'on rendra obligatoire le vote secret pour l'adhésion à un syndicat.

Réponse:: «Imaginez la pression que vous subissez comme travailleur si vous décidez de voter contre l'accréditation syndicale devant vos collègues. C'est pour cela que nous avons un taux de syndicalisation de près de 40%. Vous ne voyez pas cela nulle part en Amérique du Nord. Si cela donnait un avantage parce qu'il se négociait de meilleures conventions collectives ou parce qu'il y avait une plus grande collaboration entre les patrons et les travailleurs, ce serait un résultat positif. Le problème, c'est que le résultat n'est pas là.»

Question: Pourtant, le taux de syndicalisation de la France est plus bas et plusieurs jugent qu'elle souffre davantage d'immobilisme.

Réponse:: «Si vous regardez la productivité en France, elle est de beaucoup supérieure à celle du Québec. La France que l'on voit dans les médias, ce sont les grandes protestations. Allez voir le climat réel. La France est clairement en tête avec l'Allemagne, la Finlande, la Suède et l'Autriche.»

Question: Selon votre bulletin, les gouvernements ne sont pas les seuls qui peuvent faire un effort. Les entreprises doivent mettre plus l'accent sur la formation.

Réponse:: «C'est un bon exemple qui est dû à la responsabilité des chefs d'entreprise. Pendant des années, nous avions un taux de change plus bas qu'ailleurs. Nous avions un voisin immédiat, les États-Unis, qui connaissait une croissance incroyable. Nos produits leur coûtaient peu cher et ils étaient immédiatement consommés. Pendant ce temps, nous n'avons pas vraiment travaillé sur notre productivité et notre valeur ajoutée. Maintenant que le taux de change est beaucoup moins favorable et que notre voisin prend du temps pour se redresser, il faut regarder vers d'autres marchés et être plus concurrentiels.»

Question: À votre avis, une plus grande participation des immigrants dynamisera notre économie. Comment peut-on y arriver ?

Réponse:: «Les chefs d'entreprise ont des craintes. L'immigrant, on n'est pas à l'aise avec et on essaie de l'éviter. Il faut développer des exemples. Il faut que les entreprises qui ont réussi l'intégration puissent faire connaître les succès connus et les trucs utilisés. De l'autre côté, il faut que la sélection des immigrants soit arrimée sur les besoins de main d'oeuvre. Il faut également que cette intégration soit supportée par les organismes qui régissent la reconnaissance professionnelle. Tant que l'on ne fait pas ça, nous avons une main d'oeuvre qui est sur le chômage. Quand elle ne s'intègre pas économiquement, elle ne s'intègre pas à la société.»

Question: Le gouvernement du Québec a réagi au bulletin en disant que la province a récupéré tous les emplois perdus dans la récession et que c'est une preuve de sa force. Qu'en pensez-vous ?

Réponse:: «Le Québec a pris la décision d'investir dans ses infrastructures avant même que la récession arrive. Les travaux commençaient. C'est une des raisons pour lesquelles nous en sommes sortis plus rapidement. Le Québec était aussi plus diversifié. Il ne dépendait pas de l'automobile ou du pétrole. Ça ne veut pas dire que nous serons capables de rebondir. Nous sommes partis de moins haut et tombés moins bas.»

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