Le vendredi 10 février 2012

L’efficacité énergétique, une mine d’or pour Hydro-Québec ?

16 juillet 2010 | 11h25
Mise à jour: 16 juillet 2010 | 13h20
 

Michel Munger
Argent

Changer le comportement des clients sera ardu mais davantage d’efficacité énergétique permettrait à Hydro-Québec de hausser ses profits de 473 M$ par année et d’abaisser les tarifs d’électricité.

 

C’est ce qu’affirment Équiterre, un organisme d’action écologique et sociale, ainsi que l’Ontario Clean Air Alliance, qui regroupe près d’une centaine d’entreprises et organismes pour le développement durable.

Selon un rapport qu’ils publient vendredi matin, les nouvelles centrales de la société d’État ont des coûts de production très élevés qui rendent l’efficacité plus attrayante.

Le défi est grand : les Québécois sont champions du monde en consommation de courant. En excluant le chauffage, ils en utilisent 50% plus que leurs voisins ontariens et 80% plus que ceux de l’État de New York. Le chauffage et la production d’aluminium sont deux importantes causes derrière cette consommation.

En dépensant 3,5 G$ pour faire chuter la consommation de 11 milliards de kilowatts/heure d’ici 2015, Hydro n’en ferait pas assez. Le rapport préconise des tarifs plus agressifs.

Steven Guilbault, coordonnateur adjoint chez Équiterre, a l’impression que le programme offrant de 5 à 55 cents d’économies le kilowatt/heure pourrait devenir plus avantageux. Cela pousserait, à son avis, les clients à investir pour rendre leurs maisons et usines plus efficaces.

Le rapport estime qu’en conséquence, les tarifs baisseraient. On pourrait aussi exporter les surplus, le prix de vente s’étant élevé à 9 cents le kilowatt/heure en 2008.

Steve Guilbault avoue que de faire changer le comportement des consommateurs sera difficile. Il rappelle que c’est seulement en 2008 que les Québécois ont produit davantage de recyclage que de déchets.

«Nous sommes des créatures d’habitude, dit M. Guilbault. Les changer prend un certain temps. Vingt ans [après le début du recyclage], on voit les bénéfices des changements comportementaux et ils sont très importants.»

Peut-on vraiment obtenir le même résultat avec l’électricité ? Steven Guilbault croit que le redémarrage des mesures d’économie en donne la preuve. «Avant 2003, on faisait 0,7 terawatt/heure d’efficacité. On nous disait qu’on avait pressé le citron. Aujourd’hui, nous sommes à 7 ou 8 terrawatts/heure. On peut et on doit aller plus loin.»

M. Guilbault pense que le gouvernement dispose d’outils pour aider le consommateur. «Ça ne coûte rien de travailler sur la réglementation pour forcer les compagnies à fabriquer des électroménagers plus performants. Les Européens font des appareils plus performants que les nôtres. Nous sommes capables de le faire. Pour la rénovation domiciliaire, plus les programmes seront alléchants, plus les gens le feront.»

Resserrer les liens

Une autre idée ressortant du rapport est une plus grande intégration entre les réseaux du Québec et de l’Ontario. La période de pointe québécoise arrive l’hiver avec le chauffage. En Ontario, c’est la climatisation qui consomme le plus avec les chaleurs estivales.

Cela fait penser aux deux organisations qu’Hydro et l’Ontario Power Generation pourraient s’échanger du courant en période de pointe, réduisant le besoin pour la construction de centrales.

Jack Gibbons, président de l’Ontario Clean Air Alliance, croit pour sa part que les leçons apprises chez lui peuvent inspirer Hydro-Québec.

«Depuis que Dalton McGuinty est premier ministre, nous participons à un programme d’efficacité qui fait diminuer notre consommation, raconte-t-il. Ce que l’Ontario démontre, c’est que nous pouvons réduire la consommation et hausser notre niveau de vie.»

Des conclusions trop faciles

Marc-Brian Chamberland, chef des Affaires publiques d’Hydro-Québec, estime que son employeur en fait déjà beaucoup en matière d’efficacité. De plus, il a l’impression que l’on fait une mauvaise utilisation des chiffres.

«Les conclusions du rapport traduisent une méconnaissance du marché et du fonctionnement de l’électricité, dénonce M. Chamberland. Prendre un coût moyen d’exportation, incluant les transactions de couverture, le prix moyen et l’appliquer sans tenir compte des contraintes de transport ou de disponibilité des réseaux, c’est prendre un raccourci.»

Selon lui, il fait faire une nuance importante sur le profil de consommation du Québécois moyen. «Il y a des usages qui sont non compressibles. Votre facture résidentielle, c’est 50% de chauffage et 20% de chauffe-eau. S’il fait 30 degrés sous zéro, le client voudra chauffer sa maison.»

Le porte-parole avoue que l’on peut toujours en faire plus mais que la rentabilité des mesures ne peut être écartée du débat. «À chaque fois qu’Hydro-Québec investit de l’argent, c’est l’ensemble des Québécois qui paient pour. À un moment donné, est-il plus rentable d’acheter un kilowatt/heure d’énergie éolienne à 15 cents ou de mettre une huitième couche d’isolation dans ma maison ?»

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