Le samedi 11 février 2012

« Le Québec va se relever de la crise forestière »

21 juin 2010 | 06h09
 

Annie Saint-Pierre
Agence QMI

À 70 ans, Guy Chevrette s’apprête à tirer sa révérence pour une retraite après avoir passé 45 ans de vie publique, dont 25 en politique active au Parti québécois.

 

Ancien ministre des Ressources naturelles, il est passé au secteur privé, il y a six ans, à la présidence du Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui est en pleine transformation.

Il expose ici, en cinq points, sa vision de l’industrie forestière du Québec et ses perspectives d’avenir.

Q : M. Chevrette, l’effondrement de l’industrie forestière du Québec, qui a entraîné de nombreuses fermetures d’usines et des milliers de pertes d’emplois, aurait-il pu être évité?

R : Je ne crois pas. Nous avons vu venir la chute du papier journal et la baisse de la consommation, mais il était difficile de prévoir que le dollar canadien atteindrait la parité avec le dollar américain. Par ailleurs, la crise conjoncturelle aux États-Unis a été plus forte que prévu : de 2,2 millions de permis de construction par année, on est descendu jusqu’à 400 000. Une telle catastrophe était fort difficile à prévoir.

Ce qui s’est ajouté à la problématique du coût de la fibre au Québec, beaucoup trop élevé comparativement aux autres provinces canadiennes et des États-Unis. De plus, nos copeaux sont les plus coûteux du monde. En août 2005, le gouvernement a réduit les contrats d’approvisionnement de 20 %, c’est vraiment là que la débandade a commencé.

Q : Pourquoi les entreprises forestières ont-elles été prises par surprise lorsque la crise est survenue. N’ont-elles pas prévues, qu’un jour, surviendrait un tel phénomène?

R : Notre industrie était déjà à bout de souffle à la suite de la longue crise du bois d’œuvre liée aux Américains. Compte tenu de la situation, nous avons été les premiers à être touchés par la crise et si on ne corrige pas les éléments de la crise structurelle, nous serons les derniers à bénéficier de la reprise.

Q : L’exploitation de la forêt a été le moteur économique majeur du Québec pendant des décennies. Sommes-nous allés trop loin?

R : Le Forestier en chef de Québec vient de confirmer ce que je dis depuis cinq ans. Le ministre Clément Gignac l’a aussi confirmé. Il n’y avait pas de déforestation au Québec et la forêt se régénérait très bien de façon naturelle, et également par le reboisement, dans une plus faible proportion. Il y a un manque évident d’information diffusée sur la récolte forestière.

Q : Comment le Québec va-t-il se relever de cette crise forestière?

R : Le Québec va s’en relever, j’en suis persuadé, même si l’industrie ne sera plus jamais la même. Il y aura moins de joueurs sur la patinoire. Il y a de 500 à 600 projets dans les institutions de recherche, il nous faudra aller dans la conquête de nouveaux marchés et, d’ici quelques années, notre industrie redeviendra florissante.

Q : Comment envisagez-vous la nouvelle exploitation de nos forêts québécoises?

R : Il faudra corriger certains éléments du nouveau régime forestier proposé dans la loi 57.

Là où le bât blesse, c’est qu’après avoir délimité les zones de prélèvement de la ressource, il faut absolument accorder à ceux qui investissent massivement en forêt et en usine le pouvoir de contrôler les coûts d’exploitation et d’optimiser les opérations, ce qui leur permettrait d’être compétitifs.

***

*Né à Saint-Côme en 1940

*Devenu syndicaliste, il a été vice-président de la CSQ

*Élu pour la première fois député péquiste en 1976

*Il est resté en poste pendant 26 ans, ayant été ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, des Affaires sociales, de la Santé et des Services sociaux, au Développement des régions et aux Ressources naturelles.

*Lié de près au dossier des négociations territoriales avec les autochtones en 2002.

*Président et directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec en 2005.

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