Éducation: plus d'argent au privé
Agence QMI
Le gouvernement Charest versera encore plus d'argent aux écoles privées, cette année, au moment même où le réseau public devra composer avec des compressions annuelles évaluées à 25 M$.
En 2010-2011, les contribuables injecteront 473,6 M$ dans les écoles privées, révèle un document rendu public par le Conseil du trésor en marge du budget Bachand. Cela représente une hausse de 1,7 % -- ou 8 M$ -- par rapport à l'année précédente.
Pendant ce temps, les commissions scolaires devront faire certains sacrifices pour satisfaire au régime minceur imposé par le gouvernement libéral.
Elles devront se priver d'un employé administratif sur deux qui partira à la retraite et vivre avec un gel de leurs frais de fonctionnement. Cela pourrait affecter directement les élèves, puisque ces fonctionnaires gèrent notamment le transport scolaire, indique Josée Bouchard, de la Fédération des commissions scolaires (FCSQ).
Même si les crédits destinés aux écoles publiques augmentent de 2,4 %, entre autres pour «réduire la taille des classes», la FCSQ évalue que ces mesures entraîneront des compressions annuelles de 25 M$.
Subventionnées à 60 %
Dans ce contexte, Josée Bouchard ne digère pas que le budget des écoles privées continue d'augmenter. Alors que Québec pige comme jamais dans les poches des contribuables, elle se «serait attendue» à une réduction de leur financement.
À l'heure actuelle, les établissements privés opérant au Québec sont financés à 60 % par l'État. Or, cinq provinces canadiennes, dont l'Ontario, ne leur versent aucune subvention.
Mme Bouchard réclame «un débat» pour discuter de la pertinence de continuer à financer l'école privée. «Les gens qui veulent se la payer ont le droit de le faire, dit-elle, mais hausser leurs subventions, je trouve ça regrettable.»
Les directeurs d'école du Québec jugent eux aussi que le gouvernement aurait dû profiter du budget Bachand pour réduire les subventions aux institutions privées.
«On considère que tout le monde devrait se serrer la ceinture, y compris les écoles privées», dit Chantal Longpré, de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement.
Ça coûterait plus cher, dit le privé
Le privé n'est évidemment pas du même avis. «Si le Ministère décide de moins financer le réseau privé, il va y avoir une migration des jeunes du réseau privé vers le réseau public, ce qui va se traduire par une hausse des charges pour l'État», avertit Auguste Servant, de la Fédération des établissements d'enseignement privés.
Il souligne que les écoles privées sont fréquentées «pour la grande majorité par des jeunes de la classe moyenne, [...] qui se sacrifie pour l'éducation de ses enfants.»
À son avis, la Loi oblige le gouvernement à accorder aux écoles privées «les mêmes taux de variation» de leurs budgets que les commissions scolaires.
La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, reconnaît que les sommes versées aux écoles privées augmentent, mais elle soutient qu'il s'agit de «la croissance normale» des dépenses, a indiqué son attachée de presse, Tamara Davis.


