Le samedi 11 février 2012

Les Québécois pour une fonction publique plus flexible

19 mars 2010 | 05h54
 

Michel Munger
Argent

Au lieu de donner un appui franc au front commun de la fonction publique, les Québécois estiment que des augmentations salariales doivent être liées à des changements dans le fonctionnement de l’État.

 

C’est la principale conclusion d’un sondage effectué en février par Léger Marketing pour le compte de l’Institut économique de Montréal (IEDM), un organisme de recherche et de réflexion sur les politiques publiques.

L’institut a commandé cette enquête alors que le front commun syndical de la fonction publique et parapublique prépare une manifestation pour le samedi 20 mars à Montréal.

Sur les répondants au sondage, 73% croient que le gouvernement Charest doit exiger des gains de productivité et des économies de coûts en échange d’augmentations salariales.

Présentement, l’offre patronale s’élève à une augmentation de 7% sur cinq ans, soit 2,3 G$ au total. Les syndicats demandent pour leur part 11,25% sur trois ans, soit 3 G$.

Seulement 10% des Québécois estiment que l’État devrait céder devant les demandes syndicales et augmenter le fardeau fiscal afin de les financer. C’est le point de vue préconisé par la Centrale des syndicats nationaux (CSN) depuis décembre. Environ 17% adoptent la neutralité.

Les Québécois ne remettent pas en question la sécurité d’emploi, 64% croyant qu’elle doit être maintenue. Par contre, 38% estiment qu’elle doit être limitée dans le temps au lieu de s’étirer à vie. Seulement 21% préconisent son abolition.

Concernant la manifestation de samedi, 42% des répondants y sont défavorables, contre 19% qui l’appuient. Environ 40% se disent neutres ou n’ont pas d’opinion.

La CSN a refusé de commenter les principales conclusions du sondage.

Daniel Boyer, président du Syndicat québécois des employées et employés de service et vice-président à la FTQ, estime que les gains de productivité ne doivent pas être rattachés aux négociations.

Selon lui, l’effort pour l’efficacité se fait au quotidien. «Au centre hospitalier régional de Trois-Rivières, illustre M. Boyer, on a créé un service centralisé de brancarderie. Nous avons réussi, en concentrant le mouvement des patients dans les mains d’une équipe spécialisée, à dégager des gens pour d’autres tâches. Ils peuvent faire autre chose que le transport des gens. C’est un gain de productivité reconnu par l’employeur.»

À la lecture des données du sondage, Jasmin Guénette, vice-président de l’IEDM, s’intéresse davantage à une réorganisation de travail qu’à une précarité des emplois pour les fonctionnaires.

«Une des conclusions que l’on peut tirer est que les gens souhaitent une fonction publique plus productive, plus souple, qui coûte moins cher et dont l’organisation ressemble davantage aux pratiques du secteur privé, réagit M. Guénette. Le sondage dit que la population serait mieux servie.»

«Le fait de limiter la sécurité d’emploi dans le temps ne veut pas dire retourner à l’âge de pierre, assure-t-il. Il n’y a aucune raison de congédier des gens qui font du bon travail. Ça voudrait dire allouer les ressources là où elles sont en demande et productives au maximum.»

Le vice-président de l’IEDM soutient que les lois du travail sont là pour prévenir les mises à pied arbitraires. «La plupart des gens font du bon travail. Mais il serait plus facile de réorganiser les tâches et choisir dans quel département les fonctionnaires ont à les accomplir. Aujourd’hui, ce genre de réorganisation est difficile à faire.»

Daniel Boyer, à la FTQ, exclut l’abolition de la sécurité d’emploi mais croit que sa disparition n’amoindrirait pas le rôle des employés de l’État. «On n’abolirait pas des postes d’infirmières dans les hôpitaux car il y a un manque. On entend souvent dire que la sécurité d’emploi maintient l’incompétence mais en réalité, c’est pour les gens compétents que l’on peut réutiliser ailleurs, à bon escient. Les gens incompétents, on peut à la limite les évaluer et les mettre à la porte.»

Contrairement à l’IEDM, M. Boyer a l’impression que la fonction publique est déjà parfaitement à l’aise à l’idée de faire des aménagements dans l’organisation de travail.

«J’ai toujours dit que la rigidité des conventions est un argument de gestionnaire incompétent, dit-il. Quand un obstacle nous empêche d’arriver à des fins raisonnables et logiques, nous nous assoyons et trouvons des solutions. Nous ne sommes pas bornés à un texte. Et les conventions collectives plus rigides ont été imposées par décret en 2005.»

Le sondage a été réalisé auprès de 1000 Québécois du 22 au 24 février. La marge d’erreur est de 3%, 19 fois sur 20.

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